jeudi 9 décembre 2010

LES CHANGEMENTS DANS LA PERCEPTION DES CRIMES DE L'INCESTE ET DE L'ABUS SEXUEL

ICI, JE M'INTÉRESSE AU CRIME DE L'INCESTE PARMI LES AUTRES CRIMES. JE MONTRE QUE TOUT CRIME ENTACHE LA VICTIME ET QUE L'INCESTE EST LE PIRE DE TOUS.
L'INCESTE A TOUJOURS ÉTÉ PRATIQUÉ MAIS CE N'EST QUE RÉCEMMENT QU'ON LE RECONNAÎT COMME CRIME. PARLONS-EN!

Permets-toi d'imaginer que tu subis une agression criminelle - tentative de meurtre; torture ou séquestration physique; ''hit and run'' qui te laisse des handicaps indélébiles; écrasement de ta toiture mal construite par ton entrepreneur qui te prive d'un bras et d'une jambe; à ton choix (quoique ici, comprends moi bien, je ne te veuille, certes, aucun mal ) - tu pourras, je peux te l'assurer, compter sur les institutions protectrices de la société. La police et les pompiers viendront à ton secours, les services hospitaliers seront à ton service, tu auras droit à des soins psychologiques post-traumatiques, on arrêtera ton agresseur, on le traduira en justice, tu auras droit à plusieurs lignes de nouvelles dans les divers médias, tes voisins viendront te voir pour sympathiser, tes amis accourront pour t'aider, tu pourrais même partir une fondation si les sévices que tu as subis ont un poids « marketing » qui suscite un surplus important de sympathie. Mais, sois assuré, d'une façon ou d'une autre, tu recevras pour ces crimes dénoncés par la loi tout le support et la sympathie des membres de notre société et la mienne certainement. Et je suis ravi qu'il en soit ainsi. Je suis ravi de vivre dans une société de droit. Je peux t'assurer aussi que ce capital de sympathie sera si universel que tu ne sentiras en rien les quelques dissidences qui pourraient exister, s'il en existait dans notre société. Tu ne rencontreras probablement personne qui insinuera ou te dira explicitement de te taire plutôt que de te plaindre, personne qui s'en lavera les mains en te disant que c'est la vie et qu'on n'y peut rien, personne qui manifestera de l'impatience à ton récit des sévices subis et qui sonnera l'heure de passer à autre sujet. Non, je peux même te dire que tu ne rencontreras probablement personne qui t'incitera à garder l'anonymat sur ton expérience et qui valorisera l'attitude du silence.
Il en est ainsi parce que dans notre société de droit, comme dans celles qui veulent le devenir, dénoncer l'injustice criminelle commise par des pairs constitue une contribution essentielle au maintien et au progrès de cette société. Celui ou celle qui garderait le silence ou chercherait à faire taire la dénonciation d'un crime contre la personne, comme ces crimes que j'ai nommés, serait perçu comme asocial et serait classer rapidement dans le groupe de ceux qui menacent le maintien des liens sociaux. Il serait traité éventuellement comme un criminel potentiel. Oui, convenons-en, le législatif, l'exécutif et le judiciaire sont ces merveilleuses institutions qui ont développé un système de droits, lesquels ont permis peu à peu l'établissement du lien de confiance nécessaire pour vivre ensemble. Sans droit, sans police, sans justice, les autres constitueraient une menace insupportable à sa propre existence. Le droit est le ciment de la société et oeuvrer à faire progresser la justice constitue une contribution au développement de la société et de la civilisation humaine.

Mais tous les crimes que le droit dénonce ne reçoivent pas le même niveau d'aversion-réprobation de la part du public. Et ce niveau d'aversion-réprobation varie d'une société à l'autre et d'une époque à l'autre.
Ainsi, les crimes contre la personne ne sont pas perçus de la même façon que les crimes économiques. Certains crimes économiques, comme ceux de Robin des Bois, ont pu recevoir, à l'occasion, l'admiration de la part du public même si la loi les réprouvait. Ceux qui s'enrichissent "rusément" ont pu être perçus comme "intelligents". Mais on sent bien qu'Angéla Merkl, comme un grand nombre d'européens, ne décolèreront pas devant les 300 millions de dollars empochés par Golden Sachs qui a permis de maquiller la déconfiture des finances de la Grèce et de d'autres pays de l'UE: Espagne, Portugal, etc.. L'époque de mondialisation a permis l'émergence de voleurs mondiaux, mais on voit mieux que ces voleurs font du tort à tous. Du tort grave. Si grave que notre envie de leur enrichissement ne parvient pas à obnubiler le tort occasionné à tous. Une vision plus globale émerge où justice sera réclamée pour les crimes économiques, écologiques....etc. La gravité de ces crimes et leur réprobation est en augmentation et continuera de l'être.

Mais, je reviens aux crimes contre les personnes et je réaffirme ici que tous les crimes contre la personne ne reçoivent pas le même genre de réprobation et les blessés de ces crimes ne reçoivent pas tous le même niveau de sympathie de la part du public. Tu as été plutôt chanceux dans les exemples de crimes dont je t'ai fait virtuellement victime pour aider à ta compréhension. C'étaient des crimes qui attirent l'aversion et la sympathie universelles, des crimes dont la reconnaissance est bien implantée depuis les enseignements anciens qui formulaient l'injonction de ne pas tuer son voisin. Ils sont donc au « top »ou presque. Mais, d'autres crimes qui sont peut-être aussi graves, plus graves même ont une moins longue histoire, et comme ils sont devenus réprouvés par la loi plus récemment, le public, dont la moralité n'est peut-être pas encore à ce niveau, n'offre encore aux victimes que peu ou pas de sympathie. Ce sont des crimes contre la personne qui ont été inventés ou plus justement inventoriés au vingtième siècle, il s'agit des crimes de guerre et des crimes sexuels, du moins sont-ce ceux là qui me fascinent et m'interpellent.

(Je fais ici un autre aparté que je mets entre parenthèses. Excuse, je te prie, mon imaginaire qui aime brasser le réel dans un large spectre et que je peine à endiguer. Certes, j'ai parlé de certains crimes dont les victimes sont au ''top'' de la sympathie publique, mais il est certain que si tu es plus simplement victime, disons d'un séisme, comme celui d'Haïti, que tu es un enfant qui n'a plus qu'un bras, que tu as de plus perdu tes parents au cours du tremblement de terre alors, la sympathie sera telle qu'on voudra te « rapter », pour te sauver de ton pays et tu pourras sans peine être adopté dans un autre pays mieux nanti, peut-être même seras-tu vendu à gros prix. Tu auras alors suscité une sympathie maximale que tu n'aurais certes pas si le bras qui te manque, toi un noir, tu l'avais perdu à l'occasion d'un crime crapuleux à l'encontre de ta famille et au cours duquel tes deux parents auraient été liquidés. Le criminel entache toujours un peu sa victime de son aura particulier et tu générerais un capital de sympathie moindre que le haïtien de souche. Les « Acts of God » provoquent une cote de sympathie de niveau plus élevé que les crimes humains pour un même résultat sur la victime. Les perçus puissants de l'univers, y compris le « dieu top » créé par les puissants de la planète, sont toujours davantage et plus facilement excusés que les plus faibles. J'y reviendrai: Dieu m'apparaissant, maintenant que je vieillis, se situer davantage parmi les plus faibles.)

LES NOUVEAUX CRIMES DU XXE SIÈCLE:
LES CRIMES DE GUERRE

Je reviens aux crimes d'invention ou d'identification plus récente: ceux sexuels et ceux de guerre. Oui, les crimes de guerre sont récents. Pendant longtemps, en occident notamment, la morale catholique a justifié les états nationaux qui faisaient la guerre, si telle guerre était "juste", ajoutaient ces censeurs universels. On voit la distinction, de raison raisonnante, entre "juste" et "injuste", n'est-ce-pas! Cette église qui avait inventé l'Inquisition et les Croisades pour ces propres fins de pouvoir dans les choses humaines ne pouvait pas ne pas autoriser les états à tuer ....pour une cause "juste", certes!!!. Elle l'avait fait elle-même. Dès lors la guerre, ne fut pas un crime pendant belle lurette.
Mais, à la fin du 19e siècle, les moyens de tuer efficacement ayant augmenter de façon exponentielle, certains humanistes commencèrent à vouloir protéger les simples civils des "dégâts collatéraux" que causent ces guerres. Un première convention de Genève est signée en 1894 sous l'instigation de Dunant, le même qui fonda la Croix Rouge. Mais, malgré cette convention, la guerre de 1914-1918 ne fut pas sans "dommages collatéraux" sur les civils. On parle de 10 millions de morts et de 20 millions d'invalides pour cette première guerre mondiale. Un cumul de souffrances ''unbelievable''. (Le mot ''olympique'' ferait peut-être l'affaire ici. Excuse-moi du qualificatif provenant de l'air du temps!).

La convention de Genève fut donc révisée et précisée et renforcée et signée à nouveau après cette expérience désastreuse. Les "nations civilisées" donnèrent naissance à la Société des Nations pour concrétiser leurs souhaits, leurs voeux, pourrait-on dire, de faire prédominer la diplomatie aux guerres que les populations trouvaient, ma foi, de plus en plus injustes. Mais les populations en décident bien peu. Et les chefs d'états réussirent à convaincre leurs populations qu'on avait mené de justes guerres et, par de multiples entourloupettes, la mémoire des horreurs fut ravalée. Et puis, les générations se succédèrent dans une nouvelle culture plus individualiste et tournée vers l'immédiateté du plaisir consommable. Oui, la mémoire des horreurs a tendance à s'oublier et fut oubliée ou presque en un peu plus de vingt-ans.
On se retrouve donc, peu de temps après, dans une toute nouvelle guerre mondiale, un peu plus longue, un peu plus destructrice, un peu plus barbare, un peu plus mondiale soit celle qui eut cours entre 1939 et 1945. Et, à la fin de ce nouvel hécatombe, on pouvait compter (cela a pris quand même un peu de temps pour compter jusque là) 62 millions de morts...environ...et des invalides...non dénombrés. On peut se rappeler qu'au cours de ce conflit mondial, les populations civiles ont été plus nombreuses en dénombrement (sic) que les populations de soldats (être membre des forces armées était alors moins risqué); que cette guerre avait fait plus de victimes que l'ensemble de toutes les guerres, de toutes les époques antérieures, depuis le début de l'humanité. On peut ajouter aussi que les horreurs guerrières furent "innombreuses" et partagées assez équitablement entre les camps des belligérants. Mais, le vainqueur a toujours les moyens de se refaire une réputation et, à la fin du conflit ou après le conflit principal, (je ne sais comment dire) on tuera, par milliers, les criminels survivants du camp adverse. Cela fait du bien au peuple et dérive l'attention qu'il pourrait porter sur ses propres dirigeants. Il était pourtant vainqueur le vainqueur et avait du déverser un poids total de bombes plus imposant que ses opposants pour vaincre définitivement. Mais... Le vainqueur, non criminel, lui, prétendait-il, a institué le procès de Nuremberg pour montrer l'inqualifiable cruauté des nazis. Et c'était inqualifiable; difficile de ne pas en convenir! Les juifs qui avaient été les sujets d'un projet de génocide particulier et payé un tribut de 5 à 6 millions des leurs n'ont pas quitté l'avant-scène et ont tenté de maintenir la mémoire du crime contre l'humanité. Pour ma part, je dis merci pour cet effort de constituer une mémoire de certains crimes de guerre car telle mémoire porte le germe de la fin de la guerre dans l'histoire humaine. Je crois en la capacité humaine de constituer de l'expérience au delà des apparences d'oubli. J'apprécie les Wiesenthal et les Klarsfeld de ce monde qui crient à la justice et en trouve les nouveaux moyens.
Mais...
Depuis 1945, le génocide s'est popularisé dans les états tyrans et de nombreux génocides ont été perpétrés. Il y en a en cours, au jour d'aujourd'hui. Des guerres plus nombreuses que jamais ont été menées. Des guerres par des états tyrans, des guerres par des états dits démocratiques.
À travers ce magma de bêtises, deux ou trois phénomènes nouveaux, signifiant pour moi l'émergence d'une conscience élargie dans l'humanité, m'apparaissent particulièrement significatifs.
Le premier phénomène est l'apparition d'une justice internationale et d'un tribunal pénal international. Le début à Nuremberg. ( C'est la nature du paradoxe de montrer le constant mélange des ingrédients: le mieux naissant souvent du moins bien!). Et ce tribunal international a été actif récemment pour les criminels de l'ex-Yougoslavie et pour ceux du Rwanda. Des tribunaux semblables ont été mis en place au Cambodge dernièrement. La Commission Vérité et réconciliation en Afrique du sud, les Gacaca au Rwanda ont été aussi des mécanismes de justice pour juger de génocides et des crimes guerriers. Les russes même reconnaissent les horreurs du génocide stalinien avec quelques dix millions de mort.
Le second phénomène est l'émergence d'une nouvelle capacité chez de larges pans de population, dans de très nombreux pays, de descendre dans la rue pour s'opposer à la guerre, à la guerre en Irak, particulièrement. Tu te souviendras de février 2004 où des millions de citoyens de la planète, en Europe, en Amérique notamment, sont descendus ensemble dans la rue, représentant dans leur communauté des opinions majoritaires de 70 à 80% à l'encontre de cette guerre en Irak. Oh! Certes, les politiciens ne veulent pas abandonner leur privilège de faire la guerre, la guerre "juste", et ils ont, malgré leur population, mené la guerre en Irak et ailleurs. Mais, l'opposition populaire à toute forme de guerre a connu, alors, une visibilité sans précédent. Et cela se poursuivait, il y a quelques mois à peine, par l'examen forcé des décisions de Tony Blair, premier ministre ayant décidé, peut-être à l'encontre des lois de son pays, de plonger la Grande-Bretagne dans cette guerre contre l'Irak. L'humanité semble retrouver de la mémoire « RAM ».
Et enfin, autre phénomène récent dans ces états démocratiques et guerriers, une nouvelle demande pointe de la part des soldats éclopés qui ne se contentent plus de médailles d'honneur, de symboles de bravoure, de monuments au soldat inconnu et de pensions à vie qu'on leur offre à grand tour de bras, voire qui rejettent ces symboles propres à endormir la mémoire des crimes. Ils demandent plutôt des soins post-traumatiques et la reconnaissance que leur conscience intime a été blessée par une situation inimaginable d'horreurs humaines. Ces soldats victimes se voient de plus en plus souvent comme des blessés par des actes criminels, actes par lesquels on a cherché à les conditionner à tuer leurs semblables humains sans arrière-pensée, actes criminels des autorités politiques de leurs propres pays qui décident de faire la guerre. Valse avec Bachir (http://mindfood.no-distance.net/rails/public/pictures/1018.jpg) est un exemple, - en film d'animation qui peut nous apparaître plus vrai et plus cru que la réalité - de cette nouvelle contestation et de la scission qui s'installe entre les chefs d'états et leurs soldats. Je note que cette scission s'ajoute à la scission entre les chefs d'état et leur population. La guerre se criminalise pas à pas; vive la Vie!
Je veux ici mettre en évidence que les nouvelles émergences morales contre la guerre sont le fait des victimes. Elles se battent contre des machinations puissantes disposant de ressources et de moyens presque illimités. Je dis presque parce que le pouvoir des chefs, - qu'ils soient démocratiques ou tyrans ne semble faire encore que des différences mineures! - ce pouvoir des chefs donc est plutôt disposé à tout détruire pour faire prévaloir leur position prédominante. Si les chefs veulent la guerre, ils la feront prévaloir dussent-ils saigner les leurs. Les chefs d'état dont on attendrait qu'ils fussent de bons pères pour leur population, qui le prétendent assurément, sont plus souvent qu'autrement des « abuseurs ». Et ils sont supportés par un très grand nombre de leurs concitoyens même quand ils sont des tyrans. Le spectacle du Chili sous Pinochet, ou celui du Zimbabwe devant l'indécrottable Mugabé le montre d'abondance. Hitler n'est qu'un cas plus patent parmi une multitude de cas semblables. Suivi avec beaucoup d'unanimité par tout un peuple. Une des armes puissantes que les chefs d'états utilisent pour mater toute résistance est celle de la culpabilisation de leurs victimes qui ne doivent pas mordre la main qui les nourrit...main qui est leur survie et leur vie: le pays, la nation. C'est l'injonction commune "Honore ton père et ta mère" et celles sous-jacentes évidentes pour tous "Honore ton chef, surtout ton chef d'état; Honore ton pays et ta nation" qui sont en arrière-plan et bien imbriquées dans la conscience intime de tous les citoyens! Et, dans la grande majorité des sociétés humaines y compris les USA et le Canada, quiconque conteste le chef de l'état guerrier ou le fait que sa nation soit en guerre, est nécessairement perçu comme injustifié par une très grande majorité. On croira que cet agresseur de la nation a perdu la tête, qu'il est fou certainement; c'est une personne qui manque de respect à l'égard de tous, de son pays, de sa patrie, laquelle lui a tout donné. Sa révolte est irrecevable. La majorité aime le statu quo par dessus tout. Dans plusieurs sociétés un peu moins démocratique que la nôtre, cet agresseur risque la prison pour crime contre l'État, la nation, la patrie.
Alors, je le dis même si j'encours quelques risques pour ma réputation, notre pays, le Canada est en guerre "injuste et injustifiée" comme le sont les USA, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, etc.. Un « et coetera » que je suis incapable de dénombrer. Et, maintenant que le pays est en guerre, on s'en plaint fort peu dans l'opinion publique. Au contraire, on se trouve héroïques de sacrifier nos jeunes hommes et nos jeunes femmes à de si nobles causes. Ce sont des braves. Et vive l'ADQ qui a proposé récemment de rebaptiser l'autoroute Henri IV près de Val-Cartier en autoroute de la Bravoure!
Pour ma part, je suis admiratif de ces quelques phénomènes moraux émergents par lesquels des citoyens s'opposent à la guerre et la font advenir au rang de crime à réprouver. Je souhaite une société mondiale fondée sur le droit dont la guerre est exclue au titre de crime contre la personne, de crime contre les personnes, de crime contre l'humanité.

LES NOUVEAUX CRIMES SEXUELS
Parmi les nouveaux crimes contre la personne, inventés (!!) ou plutôt inventoriés au siècle dernier, se retrouvent également les crimes sexuels. Ils ont une parenté avec les crimes de guerre par plusieurs biais, mais au premier titre, quantitatif celui-là, par leur augmentation sans précédent depuis qu'on les a identifié et ils progressent à un rythme extrêmement rapide. Et ils ont aussi des liens de parenté qualitatifs et plus profonds avec les crimes de guerre. Les guerres ont traditionnellement été menées et nourries pour et par la rapine des vivres et des ressources et tout aussi bien pour et par l'esclavage et le viol des femmes et des enfants à la satisfaction des divers plaisirs sexuels des soldats et de leurs chefs. Des guerres sans viol, des guerres sans abus sexuels sur les femmes et les enfants, cela n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Qu'il se lève celui qui peut en nommer une!
L'église qui a cautionné les guerres "justes" n'a jamais pour autant dénoncé les crimes sexuels dont elles se nourrissent toutes et chacune. Elle commence à peine à réprimer les crimes sexuels dont ses représentants furent constamment coupables auprès des femmes et des enfants. Récemment encore des concitoyens étaient devant le collège Notre-Dame avec leurs pancartes, un collège situé devant l'Oratoire du nouveau Saint Frère André, un coreligionnaire des Frères de Sainte-Croix parmi lesquels on compte de nombreux « abuseurs » de générations de petits gars qui fréquentèrent cette institution de renom au Québec.
Dans une perspective historique plus large encore, je remarque que les commandements de Dieu défendent à l'homme de désirer la femme de son voisin et de forniquer avec elle, mais qu'ils n'effleurent en rien les propres enfants de cet homme, ni ne conditionnent le désir de fornication de cet homme par le libre consentement de la personne visée par ce rapport sexuel. Les commandements de Dieu, par leur abstention, ouvrent grande la porte à l'inceste et à l'abus sexuel. Je suis incapable, malgré ma recherche, de trouver dans la Bible une trace d'un possible abus sexuel de la part d'un père ou d'une mère sur son enfant. Oui, le crime semble récent.
Comprenons que c'est hier, dans les sociétés occidentales, que les femmes et les enfants ont acquis des ''droits de cité'' comme personne. Au cours du vingtième siècle qui suit l'époque de Jésus, quoi!. Ces droits ne sont pas encore centenaires et ne sont en rien universels sur notre planète. Et on doit comprendre que l'affirmation des droits vient toujours avant leur reconnaissance universelle dans les sociétés concernées et bien, bien avant que les membres de ces sociétés éprouvent une sympathie automatique pour les victimes de ces crimes. C'est le cas dans notre société. Ici, je me permets deux citations pour aider à dater ces nouveaux droits des femmes et des enfants.
Droits des femmes:
« Les Nations unies ont célébré, le 13 octobre 2004, le 25e anniversaire de la Convention sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). 25 ans après l’adoption d’un texte que l’on considère comme une véritable charte des droits de la femme, cet anniversaire a été l’occasion de mesurer les progrès réalisés vers la reconnaissance et la mise en œuvre des droits de la femme dans le monde. (http://www.aidh.org/Femme/HP_DdF.htm)
Le mot enfant nous vient du latin "infans" qui signifie : "celui qui ne parle pas." On voit déjà fidèlement se refléter dans cette origine du mot une conception bien particulière de l'enfant : "soit sage et tais toi !"
Ainsi les pères gaulois, avaient droit de vie et de mort sur les enfants.
Les lois romaines autorisaient les hommes à accepter ou refuser un enfant à sa naissance.
Ce sont les philosophes du XVIIIe siècle qui fondèrent notre réflexion actuelle de l'éducation et l'épanouissement de chacun.
....
... la convention internationale des droits de l'enfant voit enfin le jour le 20 novembre 1989 !
À ce jour 192 pays ont ratifié cette Convention les obligeant ainsi à mettre leurs lois en conformité avec ce texte. C'est la convention la plus ratifiée de toute l'histoire. Il est intéressant de noter que les États Unis ne l'avaient pas signée car elle interdit la peine de mort pour les mineurs. Les États Unis ont aboli la peine de mort pour les mineurs en janvier 2005 mais, à ce jour, n'ont toujours pas ratifié la convention. » (d'après "Le grand livre des droits de l'enfant" de Alain SERRES - Editions Rue du Monde)
... et je reviens aux crimes sexuels...
L'abus sexuel des femmes est encore affaires quotidiennes dans nos sociétés et on peut constater que la pornographie notamment est une industrie florissante. Notre société compte parmi les sociétés où, périodiquement, se manifeste le projet de légaliser la prostitution! Le fantasme sexuel de blesser la partenaire, de l'asservir semble encore assez courant sur les sites pornographiques. Le cas du lieutenant-colonel Williams est fascinant qui allie soldat haut-haut gradé et crimes sexuels d'asservissement jusqu'au meurtre. Il est tout récent que les victimes de viol - des femmes dans une très, très grande proportion comme nous le savons tous - reçoivent de la part de la police et de l'appareil judiciaire la considération qui leur est due. Du moins, veux-je le croire|! (La victime est demeurée fort entachée par le fait que le crime commis soit plus récent dans son identification et par le fait qu'elle soit toujours perçue comme faible dans la société.) Les abus sexuels sur les femmes sont de mieux en mieux criminalisés et les victimes reçoivent de plus en plus la sympathie du public...mais...mais, il reste un grand bout de chemin à faire... nommément pour ces femmes sous voiles qui sont récemment apparues dans nos sociétés et qui peuvent être tuées par des membres virils de leur propre famille si elles ne sont pas sages. Et ailleurs dans le monde, les femmes sont encore excisées en grand nombre et majoritairement asservies sexuellement. Oui, il y a probablement plus de femmes asservies sexuellement sur notre planète que de femmes qui peuvent disposer librement de leur vie sexuelle. Cela pourrait nous inciter à réfléchir, ma foi!
La pédophilie pour sa part reçoit toujours suffisamment d'engouement pour qu'elle occupe une place de choix dans la pornographie sur le web et que ce crime soit en progression partout, surtout comme activité touristique. Mais, si la pédophilie est en progression comme s'il s'agissait d'un crime doux et tendre, surtout quand il est perpétré dans un pays de vacances ou encore qu'il n'est que virtuel dans des images pornographiques, les pédophiles avérés sont maintenant, par contre, fortement dénoncés dans notre société. Comme s'il y avait une pédophilie douce et quotidienne acceptable et des pédophiles avérés, dégueulasses. Le jeunisme général de notre société, l'"abhorration" des poils adultes sur les corps des hommes et des femmes qui, s'ils souhaitent être désirés ou désirables, doivent se dépiler au laser, le bikini, et tout le nid, et l'aisselle, et l'aine, et l'anus, et l'orteil pour avoir une vie sexuelle propre et "normale", tout cela manifeste bien la tendance générale qui veut que l'éphèbe et la pré-pubère soient des icones sexuelles supérieures. Des icones propres aux pédophiles, quoi! Pas surprenant que même des évêques soient pris au jeu comme, dernièrement, celui, acadien, collectionneur de pornographie infantile et juvénile. Mais, la société trouvent dégueulasse les pédophiles avérés et pervers que les parents d'enfants dénoncent, forçant ainsi la justice hésitante à l'endroit des pédophiles libérés au sixième de leur peine à identifier plus facilement leur lieu de résidence. Et ces parents sont, en cela, les fers de lance pour faire avancer la répudiation de ces crimes et l'augmentation du capital de sympathie pour les victimes. On devient de plus en plus atterré d'imaginer ces prédateurs mangeurs d'enfants sans défense, consommateur de chair fraîche, comme on le dit populairement et machistement. Nous progressons devant ces "nouveaux" crimes qui ont toujours existé.

...et le crime en reste, celui de l'inceste

Oui, l'inceste est en reste, loin, à la toute queue des nouveaux crimes sexuels.
Il est un crime bien récent. Il ne fait pas l'unanimité en occident. Un commentateur de l'Express de Toronto
(http://www.lexpress.to/archives/3815/ ) se demandait récemment (mai 2009) si on doit légaliser l'inceste...plutôt que de le criminaliser. L'inceste trouve même des promoteurs sur le web qui en vantent le naturel et les divers bienfaits sur la croissance (http://science-univers.qc.ca/sexualite/52-inceste.html). La France, où l'inceste n'est pas clairement défini comme crime, ainsi qu'il l'est au Canada où il est passible de 14 ans de prison, a débattu un projet de législation dans les derniers mois.
Ajoutons, que l'inceste traditionnellement réprimé par les lois est celui de l'union par mariage de deux membres d'une même famille. Les définitions qui notent l'abus de l'autorité parentale sur la personne d'un enfant en vue d'obtenir des avantages sexuels constitue une définition très récente. L'inceste a plutôt été jusqu'à tout récemment soit le privilège des pharaons, des rois et des reines, soit un danger pour la pureté de la race, soit une tendance perverse des enfants à l'endroit de leurs parents ou proches. Freud n'a pas manqué à l'examen de ce projet infantile, source de dévoiements futurs.
Mais..
La haute fréquence de la commission de l'inceste est sans doute une des causes de son manque de criminalisation et d'antipathie de la part du public. Les études par sondage d'AIVI en France parlent de 3%, mais on soupçonne que, dans la réalité, une personne sur dix, soit 10% ( certains parlent de taux pouvant aller jusqu'à 50%) a connu l'inceste. Il est plus facile de connaître ce taux, cela va de soi, que le nombre de personnes qui font connaître l'inceste aux enfants, mais celui-ci est probablement plus élevé que ce que les victimes en disent. Ils ne s'en vantent quand même pas, ces criminels communs! Certes, le taux doit être encore très élevé dans notre société. Et je me souviens des dénonciations de Foglia qui affirmait que dans les villages isolés dont est fait le Québec, la pratique de l'inceste est chose courante. Plus élevé que pour le meurtre ou le "hit and run', voire les deux réunis'!!! Probablement? Voire sûrement!
Oui, pour qu'un crime soit bien installé comme crime, et réprimé, et que les victimes suscitent la sympathie du public, cela lui prend du temps! Et il faut que la grande majorité du public en ait quitté définitivement la pratique.
Au plan de leurs logiques propres, les crimes sexuels sont le fait de prédateurs bien près de nous, presque de prédateurs en nous. Les machistes ne sont pas systématiquement répudiés, ils sont parmi nous comme des gens normaux, ils sont en nous comme une part de notre identité. Comment les réprouver sans être en cause.

Et l'inceste est en reste de cette progression de criminalisation et de sympathie. Éminemment en reste. C'est un crime de famille. Et quand il est dénoncé, (presque nécessairement et inévitablement et inexorablement par des victimes devenues adultes) les gens ne s'identifient pas à la victime d'autrefois-enfant-sans-défense-et-abusé-qui-est-devenu-adulte-et-qui-a-reconquis-sa-vie, ils s'identifient plutôt à leurs propres parents, lesquels sont nécessairement des "bons parents" dont on ne doit pas dire du mal, si non ils ne seraient pas eux-mêmes de "bonnes personnes". Le discours intérieur va à peu près comme suit: ''mais les parents font ce qu'ils peuvent, quoi! Soi-même on sait comment c'est difficile d'être un bon parent. Et si tu veux être un vrai adulte, il faut que tu aies pardonné à tes parents qui voulaient ton bien, même s'ils ont été un peu violents; une tape de temps en temps, cela fait du bien; les parents ne peuvent pas être parfaits; et puis dans le temps on était plus sévères; faut comprendre!! Alors, digère ton enfance, fais-toi soigner, deviens un vrai adulte!''

Le ''HONORE TON PÈRE ET TA MÈRE'' constitue une injonction complètement « internalisée » dans les populations actuelles, une injonction si forte qu'on croirait qu'elle est une des constituantes de l'identité sans laquelle chacun se désagrège. Celui qui n'honore pas son père et sa mère est indigne, telle est la perception générale. La société a besoin que ses membres honorent père et mère sans quoi sa solidité interne est atteinte. Elle ne saurait survivre autrement.
Pour être répréhensible vraiment et attiré peut-être aux victimes la sympathie universelle ou presque, l'inceste doit-il être à la dimension de celle du père autrichien qui a enfermé sa fille pendant 24 ans et lui a fait 7 enfants sans que la mère s'en aperçoive (!!)? C'est récent: avril 2008! Ce n'est pas certain. Il faut savoir que la fille victime avait fui et ne voulait en rien, une fois retracée, se montrer le visage. Dans l'inceste, la victime doit « internaliser » la honte, car la société ne supporte pas la dénonciation, comprenez-vous!
Mais, les dénonciations de l'inceste dans notre société sont peu fréquentes. Elles se font surtout par témoignage livresque interposé, une fois que la victime s'est soignée pendant de nombreuses années. La plus part du temps, les victimes qui s'aventurent dans la dénonciation peuvent apparaître comme des êtres étranges. Telles furent ces deux soeurs de près de soixante ans d'âge qui après avoir gardé le silence pendant quarante-deux ans (sont incluses ici les années de honte et de thérapie), ont dénoncé ces sévices incestueux subis à partir de l'âge de cinq ans et pour sept années durant, sans reprendre haleine, et qui firent condamner leur ''pauvre'' père de 93 ans, Philippe Hamelin, pris d'une maladie dégénérative semblable à l'alzeihmer, lequel ne pouvait plus être emprisonné ou purger une peine significative en prison ou ailleurs.
Moi, qui salue le courage extraordinaire des deux soeurs Hamelin, appartient à une gang très peu nombreuse au regard d'une majorité de citoyens qui pense que les deux soeurs auraient du se taire, continuer à se taire comme elle en avait pris l'habitude pour un premier 42 ans. ''Traiter ainsi leur vieux père malade, est-ce possible? Répugnant, voyons donc!''
Alors, oui parmi les crimes nouveaux et parmi les crimes sexuels nouveaux, l'inceste est sérieusement en reste pour obtenir sa part de réprobation et la sympathie du public pour ces victimes qui étaient des enfants très sévèrement abusés dans leur âme.


...enfin

Dans l'histoire des civilisations, il apparaît que les premiers crimes dénoncés soient ceux de nature physique: meurtres, contraintes, coups et blessures. Les crimes qui tuent et invalident d'autres communautés humaines suivent ensuite au palmarès de la reconnaissance. Les crimes de nature physique qui dégradent l'environnement matériel global viennent ensuite. Les crimes économiques sérieux qui détruisent et l'environnement et la santé économique des sociétés viennent ensuite. Les crimes qui maculent les psychés viennent généralement plus tardivement. Et parmi ces derniers, plus la victime est faible et sans défense, plus longue sera l'absence de reconnaissance et de sympathie publique. Les soldats, les femmes et les enfants à la toute fin!

Évidemment, considérer la psyché comme un bien inaliénable, le lieu de l'exercice du libre arbitre, le bien le plus précieux que nous aient fait les dieux est une considération réservée à de haut niveaux de culture et de civilisation. Il faut probablement avoir compris que les dieux ne se tiennent pas avec les puissants, mais qu'ils fréquentent les vulnérabilités des consciences, les pauvres d'esprits, les blessés de tous ordres, les faibles et les enfants. Quand le droit des sociétés aura mis la prédominance à la préservation et au développement des psychés et des consciences, au delà de la vie physique, nous en serons là. Pour l'heure, les victimes de tentative de meurtre reçoivent la sympathie du public et les dénonciateurs de l'inceste sont marginalisés, réprimandés comme s'ils étaient des éléments destructeurs de la société.


« un blogueur déchaîné »
Jean

1 commentaire:

RPL a dit…

Bonjour,

Je découvre ton blogue ce matin; il est tout neuf, j'ai donc pu le lire d'un coup. Bravo ! Beau courage, belle réflexion; belle expression, aussi et surtout, d'une saine fureur, et tout en même temps, d'une envie de comprendre, y compris, même, dans une perspective historique. Et là-dessus, pour moi qui suis historien de formation, je prends bonne note du fait que j'aurais pu faire cet effort d'intelligibilité historique dans l'écriture de mon propre blogue. J'y ai pensé souvent, à dire vrai. Mais il y avait l'urgence de me raconter, moi; de donner un sens historique à ma vie personnelle; de me guérir, parfaitement, ou tout au moins, de me rendre fonctionnel dans un monde où je me suis senti si coupable, et si radicalement exclu... Bref, bravo, mon ami, coup de chapeau, et désormais, tu figures dans mon « blog roll » ! J'espère que tu persévéreras à écrire, à raconter, à expliquer, à tenter de faire comprendre; on est si peu nombreux à le faire. Si peu nombreux, d’ailleurs, parce que je crois, contrairement à ce que tu écris, que nous sommes plutôt rares à avoir une histoire personnelle caractérisée par l'inceste. Si l'inverse était vrai, les rues seraient désertes, les hôpitaux vraiment surpeuplés. Le désir ne s'invente pas; le désir d'enfant pas davantage; il est exceptionnel. La psychanalyse pourrait en dire long là-dessus, et je ne t'apprends rien, bien évidemment.

J'imagine que dans l'histoire du crime comme tel, tu en es encore à la surface des choses. Mais j'ai bien vu, vu et lu que l'agression sexuelle est le fait de ta mère. Que c'est le crime de ta mère. C'est une réalité parmi les pires, et parmi les plus occultées, entre autres pour des raisons politiques, qui ont déjà eu un objectif historiquement utile, c'est évident, mais ces mêmes intentions historiques veulent toujours que l'homme/propriétaire/dominant/exploiteur soit invariablement l'agresseur potentiel, et que la femme/objet/dominée/prolétaire soit dans tous les cas la victime qui va de soi. De toute évidence, ce n'est pas vrai. Les scandales qui éclatent en ce moment, qui se révèlent entre autres contre l'Église catholique, et les systèmes d'éducation fermée, parfois véritables prisons, contredisent de belle manière l'ancienne vision manichéenne des crimes de pédophilie. Je me réjouis de découvrir un blogue où une victime/homme raconte une agression faite par sa mère. Sa mère. Tu touches là, et j'imagine que tu le sais, à un des plus tabous sociaux les plus enracinés, les plus intouchables qui soient. Continue ! On aura à nouveau l'occasion de discuter quoique, sur le crime comme tel, il n'y a jamais matière à discussion; il n'y a matière qu'au dévoilement et qu'à la libération, jamais parfaite, jamais achevée. Tu en sais manifestement quelque chose. Je t'assure que, sur ce que tu racontes, je te crois. C’est triste que tes proches, les tiens, aient fait preuve de si peu d’ouverture. Ça, cependant, ce n’est ni rare, ni inhabituel.

Je vais publier ce commentaire sur mon propre blogue, avec, en illustration, quelques lignes de toi qui m'ont particulièrement frappé.

Bravo, encore une fois. Un blogue à suivre, que le tien.