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jeudi 23 mai 2013

LE CSJR FAIT UN PETIT PAS! L'INCESTE, PARLONS-EN!


Hier soir, ce 22 mai 2013,  à la Librairie Pauline de Montréal avait lieu une conférence-échange sur le thème L’INCESTE, PARLONS-EN!

Le Centre de Justice Réparatrice  (CSJR) était l’instigateur de l’événement et il avait réuni  au micro une psychothérapeute de victimes d’inceste, Claire Messier et une psychologue intervenante  durant de nombreuses années auprès d’agresseurs sous sentence, Line Bernier.

Nous nous y étions rendus, mon épouse et moi-même, tous deux victimes d’inceste durant l’enfance et  porteurs d’une longue recherche et d’une longue réflexion sur ce sujet brûlant dont les rives d’accès sont abruptes et qui constitue globalement une « terra incognita » pour la majorité…ou presque. Qui plus est, ma chérie vient de terminer, après trois ans et demi de labeur, la rédaction d’un livre significatif sur le sujet , un essai qui tente de faire l’exploration de ce sujet presque fantôme et ce, sur toutes les coutures, y compris sous l’angle majeur de la participation de la culture sociale à la perpétration du crime et à la victimisation des victimes ( la redondance est souhaitée ici!).

Ajoutons la « curiosité » suivante au présent propos:  France et moi-même, avons été victimes de rejet et d’ostracisme de la part du CSJR lors d’une exposition d’art « libérateur » tenue en 2012 alors que 7 œuvres présentées par nous portaient en sous-titre L’INCESTE, PARLONS-EN!  Certes nous n’avions pas enregistré cette marque de commerce! Mais après les paroles « avilissantes» de représentants officiels du CSJR dont nous avions été l’objet, comme d’autres artistes victimes d’inceste d’ailleurs, le retour en écho  du sous-titre de nos œuvres - la Vie étant la Vie – marquait peut-être une certaine mise à jour de l’organisme dit de justice réparatrice. Nous fallait voir pour ajuster nos désolations, nos rires et nos joies!

Les deux conférencières étaient, à notre avis,  en maîtrise de leur sujet et le public a été éclairé sur une bonne part du chemin des victimes et sur celui des agresseurs sous sentence lesquels, lorsqu’ils sont engagés dans un programme cohérent, montre une faible récidive. Bravo !

C’était une première pour le CSJR de manifester son courage et d’organiser un tel événement public. Un petit pas pour sortir de son ornière qui l’a fait  traiter en privé des crimes et particulièrement celui de l’inceste qui mérite autres considérations. Bravo !

Voici toutefois nos toutefois, nos, mais, nos réticences, nos objections…


Le concept de justice réparatrice identifiée par l’inspiratrice et fondatrice du CSJR– Thérèse de Villette – est celui d’une « revisitation » de crimes en favorisant des échanges entre victimes-agresseurs et représentant de la communauté ; les trois parties ayant matière à apporter à l’échange et un intérêt commun à la réparation des uns, des autres et de soi-même.

Hier soir, pas de représentant de la communauté. Thérèse de Villette avec ses belles idées est laissée sous le boisseau. Et tout ce lourd volet  de l’inceste comme crime social  est une fois de plus soumis au tabou. Le CSJR n’’est pas rendu là, pas encore !
Je ne voudrais pas ici  risquer de ne pas être compris.
Qu’aurait pu dire un « représentant de la communauté » sur l’inceste ?   ENTRE AUTRES…

DES FAITS DE CHAUDE ACTUALITÉ 

-         Peut-être aurait-il souligné ce fait social de « l’ici et du maintenant »: l’hôtesse de la conférence, Les Librairies Paulines des Filles de Saint-Paul, exposait au bénéfice du public une cinquantaine de livres sur des sujets en  « banlieue » de l’inceste, mais n’avait pu en dénicher aucun sur le sujet lui-même. Voyez-vous que le tabou de l’inceste ne porte pas tellement sur la défense de commettre l’acte criminel, mais sur le fait d’en parler. Le grand vide dans la littérature facilement accessible est là pour le montrer : aucun livre sur l’inceste n’ornait la table bien garnie. ( Le seul livre présent sur les lieux était celui de France !) La Fille de Saint-Paul à qui nous avons posé la question était désolée : elle avait fait trois jours de recherche. En vain!

-         Peut-être ce représentant aurait-il ajouté à l’évocation des 10-15-20-25-35-45-50  ans de souffrances de la victime taciturne et retournée contre elle-même  le fait que, vendredi dernier, le projet de loi 22 déposé à l’Assemblée Nationale du sous-pays du Québec  a été amendé à la dernière minute pour limiter à 30 ans le délai de poursuites civiles contre l’agresseur-e sexuel. Comprenez-y quelque chose !!! Des victimes demandant l’imprescriptibilité du crime ont manifesté devant l’Assemblée avec un carré dont la couleur ne fut pas précisée…

-         Peut-être  que notre représentant de la communauté aurait évoqué les grandes affaires d’Outreau, les sœurs Dionne, les sœurs Hamelin …et tracé le traitement accordé par les médias à ce genre de nouvelles…Progrès ou stagnation dans le scandale ?


LA SOCIÉTÉ DE DROIT

-         Peut-être aurait-il ajouté au moins un mot – celui de crime - à la définition de l’inceste proposée au début de la conférence ! Le mot crime est ce mot qui relève de la zone sociale et du droit qui en découle  voyez-vous ! Et alors, le mot crime aurait eu droit de cité  dans les échanges plutôt qu’ « abus » qui a prévalu !

-         Peut-être aurait-il insisté sur le statut de l’enfant auquel on reconnaît explicitement des droits ( c’est de plus en plus une personne et de moins en moins, surtout dans les cultures occidentales, une propriété parentale) Et parce qu’un « représentant de la communauté »  considère l’enfant comme  l’avenir de la société , il aurait peut-être dit que le crime d’inceste doit être qualifié de crime non seulement contre la personne, mais de crime contre l’humanité.

-         Peut-être aurait-il poursuivi sur le qualificatif de crime attribué à l’inceste comme un fait très récent dans l’histoire et non encore clairement établi dans la législation de plusieurs pays. La France nommément ! La Suisse ! pour nommer quelques pays presque civilisés... Il aurait dit un mot sur les pratiques judiciaires qui encore pour beaucoup favorisent les agresseurs aux dépens des victimes. Et il aurait sans doute souligné le nécessaire accompagnement des victimes qui ont le courage de poursuivre même si les professionnels qui aident les victimes n’ont pas encore l’obligation d’examiner la voie des poursuites judiciaires avec leurs clients  ( si on fait exception de la dénonciation obligatoire à la DPJ si ceux-ci sont des enfants… ).

DES FAITS DE LANGUE QUI TIRENT À BOUT PORTANT SUR LA VICTIME

-         Il aurait sans doute témoigné de plusieurs dérives linguistiques sur l’inceste. La première étant simplement que le dictionnaire Larousse définit exclusivement l’inceste comme l’interdit du mariage consanguin. Nulle évocation du crime sur la personne d’un enfant même si  le sens commun y réfère en premier lieu. Faut voir pour le croire !

-         Peut-être aurait-il mis en cause cette manie des sciences humaines d’englober toute agression sexuelle et toute statistique en découlant dans un ensemble presque neutre  qui s’appelle « abus sexuels » comme on dit abus de table, abus de toutes ces bonnes choses de la vie. Et se serait-il fort probablement mêlé de faire valoir que le crime d’inceste constitue une agression à l’encontre de la croissance d’un enfant. Et qu’en conséquence tout amalgame réducteur constitue une sorte de déni et parfois de complicité avec ce crime contre l’humanité !

-         Peut-être lui serait-il venu à l’esprit d’éclairer le mot « tabou »  et de faire comprendre l’ambiguïté de ce mot inventé par les anthropologues du XXe  siècle pour décrire l’interdit dans toute société de s’unir entre consanguins. Et en effet, contrairement à cette prétention des anthropologues et du dictionnaire,  l’inceste est une agression de la part d’un adulte  chargé d’une mission d’éducation et de protection sur la personne d’un enfant de sa propre famille et que le tabou qui  porte davantage sur le fait de parler d’inceste a pour effet de le protéger de la dénonciation de tout un chacun. On peut commettre l’inceste et il est commis abondamment, mais on ne peut pas en parler ni témoigner de son mystère social ( comme le montre la présente conférence d’ailleurs qui fit l’aveugle sur cette dimension sociale!)

DES FAITS DE CULTURE

-         Peut-être aurait-il aussi témoigné du concours de la religion établie à la propagation de l’inceste ? La Bible, par exemple, n’en fait un interdit qu’aux enfants ! Les parents de la Bible et de toute la tradition judéo-chrétienne ne sont pas ceux qui auraient pu le commettre. Non, non, ils sont des dieux éducateurs et pédagogues avertis! Le seul qui pourrait commettre l’acte est l’enfant,  cet « infans » en latin, c’est-à-dire celui qui ne parle pas ! Et quand ils grandissent, les chéris, ils doivent impérativement HONORER LEUR PÈRE ET MÈRE sous peine d’un discrédit social féroce. S’ils avaient été moins  bêtes, ils auraient compris la pédagogie utilisée !!!  Et il aurait peut-être ajouté, ce représentant de la communauté que les agresseurs sexuels d’enfants en robes noires  dans les orphelinats subventionnés se faisaient appeler PÈRE, MÈRE, SŒUR, FRÈRE …et les enfants gardés prisonniers et silencieux!

L’EXPERTISE PROFESSIONNELLE : L’ÉTAT DES LIEUX

-         Peut-être aurait-il ajouté quelques mots sur l’histoire de l’aide professionnelle apportée aux enfants victimes encore jeunes ou devenus adultes. Il aurait contribué à tracer pour le public l’état actuel des lieux  en ce qui a trait aux approches thérapeutiques, à l’entraide entre pairs-victimes, aux traitements des enfants victimes tels ceux du Centre Marie-Vincent....

-         Peut-être aurait-il raconté cette histoire du jeune Freud qui dans ses premiers écrits sur le sujet s’en prend aux agresseurs incestueux jusqu’à ce qu’il réalise, le pauvre, que la bonne société autrichienne n’aime pas du tout son propos. Entre deux cigares, le fin finaud retourne sa veste et, poursuivant la tradition judéo-chrétienne, attribue aux enfants le désir œdipien sur le parent du sexe opposé et le projet de meurtre sur celui de son propre sexe. Et combien de victimes, jusqu’à tout récemment, ont été traités par des thérapeutes comme des êtres qui ont transformé leurs fantasmes sexuels à l’endroit de leurs parents pour des réalités alors que celles-ci n’ont pas existé !!!


LA SOLIDARITÉ

Et peut-être aurait-il témoigné que, à titre de représentant de la communauté dans les rencontres entre victimes d’inceste et agresseurs, il reconnaît  pleinement la responsabilité de la société dans la perpétration de ce crime et qu’il cherche constamment à modifier cette culture du tabou et du non-dit qui y prévaut. Pour favoriser la guérison, il  proclame le droit plein et entier des victimes en voie de réhabilitation au titre absolu de personne et de citoyen de la société humaine.

Car ce sont des mots qui ont leur poids non seulement lorsqu’ils sont dits par le thérapeute, mais davantage s’ils sont dits par un agresseur et profondément s’ils sont dits par un « représentant de la communauté » !


Matière à progrès ou au moins matière à réflexion!


Jean



samedi 23 mars 2013

JUSTICE RÉPARATRICE-FORMATION D 'INTERVENANTS à l'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE: les tentatives de domination se poursuivent


La faculté de théologie et d’études religieuses de l’université de Sherbrooke offrira à compter de juin 2013 une formation d’intervenant en « justice réparatrice » http://www.usherbrooke.ca/fater/justice-reparatrice/).

Pour celui qui cherche des améliorations, voire des transformations dans le domaine de l’application de la justice en société, il apparaît surprenant qu’une telle formation soit offerte dans une faculté de théologie. Puis, lorsqu’on regarde les appartenances des formateurs, on comprend de suite pourquoi une telle formation n’est pas sous l’égide d’une faculté de criminologie. Ce sont des tenants de la foi chrétienne qui sont ici assemblés et leur croyance serait probablement peu recevable ailleurs que dans une faculté de théologie. Il ne s’agit pas de science, il s’agit d’évangélisation!

L’enjeu central qui les réunit est la compréhension commune - et dévoyée à mon avis - de ce qu’est le pardon. Ici, la tradition chrétienne veut que la victime tourne la page en apprenant à pardonner à son offenseur comme l’aurait fait Jésus pour ses propres agresseurs en rémission de tous les péchés passés et à venir. Et depuis, comme on sait, le personnage n’a pas baissé les bras; son image de victime-sauveur trône en tous lieux bénis ou pas voire jusqu’à l’Assemblée nationale du Québec. Et il est cité en exemple à qui mieux mieux pour « vous libérer l’âme de toutes vos rancunes en les oubliant » comme si c’était la seule voie pour qui veut grandir.  Par mon expérience vécue au milieu de ces disciples que je ne savais pas chrétiens , je ne doute pas que le fil d’Ariane de la formation proposée par cette faculté de théologie sera celui-ci!

Certes, cette foi chrétienne montre aujourd’hui des signes de vieillissement et doit se reléguer dans des facultés de théologie,  perturbée qu’elle a été par le désir de maintenir au plus haut niveau son pouvoir sur les groupes humains. Et le pouvoir corrompt, comme on le sait si on examine le peu que ce soit l’histoire des religions. Ainsi, on comprend que dans n’importe quelle société, si les victimes sont conditionnées à pardonner pour « sauver leur âme », les investis de pouvoir exercent leur domination plus facilement sur ces personnes-sources des litiges. Si en plus les agresseurs sont appelés à se confesser plutôt qu’à demander un pardon public à leur victime et à assumer la réparation la plus adéquate possible de leurs torts, alors, la domination est encore mieux assurée.

Comme victime d’inceste parmi d’autres et pour avoir trempé dans ce milieu du Centre de Justice Réparatrice, je peux témoigner comment ce peut-être délétère pour une victime d’inceste de les côtoyer. Pour ces messieurs-dames de foi chrétienne qui dominent le CSJR, vous êtes une victime d’inceste réussie et obtiendrez votre diplôme lorsque vous cessez de parler d’inceste. Et je dois insister ici. À mon âge, je n’ai plus de rancœur vis-à-vis de mes parents et violent d'une part et incestueure d'autre part; j’ai fait le deuil de ces personnes qui n’ont pas exercé leur fonction parentale de façon adéquate. Ce ne sont plus pour moi que des parents biologiques et en rien des parents de mon être. La vraie voie pour une victime d’inceste est certes le deuil de ceux qui avaient la responsabilité de l'aimer et qui ne l'ont pas fait. Et il doit devenir clair que dans la grande grande grande majorité des cas, is ne l’ont pas fait et ne le feront pas davantage dans l'avenir. Alors, trêve d’attentes et d’espérances qui vous torturent!

 

Un tel deuil entraîne bien normalement le désir que l’inceste ne se répète pas dans l’humanité. Et cette croisade, si vous l’entreprenez, rencontrera le refus d'une grande part de la société d'aborder ouvertement et simplement le sujet. Les chrétiens à grosses graines du CSJR et autres personnes imbues de la même sauce vous mettront les bâtons dans les roues. Vous en serez malmenés, veuillez m'en croire! Ces gens ne supportent que le silence sur l’inceste pardonné. Ces gens ont abandonné la promotion de la justice qui répare la victime d'inceste et qui reconstruit une société ouverte et libéreé de la chape de plomb du silence actuel .  Une société qui, par son silence, permet aux incestueurs d'agir impunément

Alors, avant que de vous lancer dans une telle formation, vous devriez lire mon histoire détaillée. Elle suit ici...

vendredi 9 décembre 2011

MARJORIE EST DÉCÉDÉE. PAR SUICIDE.

Marjorie est décédée. Par suicide. Par manque d'espace pour vivre, l'intimidation dans l'école lui ayant enlevé son droit de « cité ».

L'école est en troisième place des milieux les plus violents de la société. Il y a la prison, la mafia puis vient l'école. Et l'école ressemble aux deux premières à bien des égards.

Dans la prison, il y a une loi, celle des autorités pénitentiaires qui est explicite, puis une seconde, à ras de confrérie, qui rassemble sous son égide tous les prisonniers. La seconde loi, celle des gardés, s'oppose à la première par principe, par état de situation et réussit assez souvent à gagner du prestige aux dépens de la première. Les gardiens de prison sont pris entre deux feux et leur survie leur vient de leur capacité de négocier avec deux visages, l'un pour l'administration, l'autre pour les leaders des prisonniers. Ils y réussissent, mais pas toujours. Ils sont la viande dans la sandwich.

Ainsi dans l'école. Il y a une loi, celle imposée par un certain nombre d'adultes et il y a celle des élèves, les gardés. La seconde, au fur et à mesure de la montée des hormones dans ces petiots grandissants, gagne en effervescence sur la première et s'établit dans le lieu dit. Tous les arguments sont utilisés par les élèves : résistance passive, bousculade, gossage quotidien, mots qui tuent l'enseignant ou le directeur, appel à la protection des parents, mépris public de l'adulte en autorité, mouvement collectif, agression des pairs, dérive menaçante par Facebook, taxage des confrères ou consoeurs sans armure, tentative de mise à feu d'une fille pour une histoire de pizza avant hier, etc. Une jungle non-civile dont les gardiens se disent assez souvent éberlués. Une jungle où les caids définissent souvent la loi.

Dans la mafia, voici une communauté qui a ses propres lois dont la suprême, «l' omerta », enveloppe toutes les autres et qui soude les membres du troupeau beaucoup mieux que le sang ne le ferait en y mêlant l'honneur et la crainte de la mort. C'est un groupe étanche dont on devient membre par des rituels de patte blanche pour les parrains tout-puissants et, sous commande explicite, de patte noire à l'égard des autres de la « cité » ou de troupeaux adverses. La caractéristique qui nous intéresse ici est celle qui fait que ces lois des mafias et les sanctions de justice qui y règnent appartiennent en propre à ces communautés. Autorité législative et pouvoir judiciaire sont amalgamés et sans rapport avec ceux de la « cité », l'initiation visant précisément le rejet de cette « cité ». Un vase clos.

Ainsi va l'école à certains égards. Les lois et le système de justice sont propres à l'école, amalgamés dans les mains d'une autorité, celle du corps enseignant et du dirigeant-e - et n'ont pratiquement pas de rapports avec ceux de la « cité ». Un vase clos.

Dans un autrefois qui trahit mon âge, les lois de l'école étaient établies en liens avec ceux de la société de privilèges et de droit dans laquelle j'étais destiné à vivre ma vie adulte. Certes, l'autorité était concentrée, super concentrée pourrions-nous dire puisqu'elle régnait en tous lieux de la « cité » et que la solidarité parents-école était sans faille, sans fausse note, unanime et ferme. L'enseignante régnait, la directrice était supérieure. Pas de mépris apparent, pas de tutoiement! Une unanimité régnait sur les enfants de l'école qui y grandissait aussi avec des hormones semblables probablement à celles d'aujourd'hui. Soumis.

Et cela n'a pas duré. Le bébé a été lessivé avec l'eau du bain. Et les fibres du tissu social se sont disjointes, détissés.

Aujourd'hui, je veux dire aussi hier soir, dans mon journal et à la tévé radio-canadienne, les politichiens comme ceux du PQ parlent d'enlever aux jeunes utilisateurs abusifs l'usage de leur compte Facebook; les psycho-éducateurs qui vivent au ras des pâquerets et pâquerettes parlent de leur ébahissement devant tant de violence physique, verbale, psychologique, relationnelle; les psy parlent des victimes à vie et des agresseurs comme des victimes aussi; les chercheurs parlent des hormones naturelles et des débordements à éduquer; les humoristes, gênés quelque peu de leur émotions, écrivent que les agresseurs sont des''losers''; les administrateurs questionnés parlent d'examiner soigneusement la situation et promettent de prendre des mesures appropriées; la ministre a des « semble que » à la bouche et se désole que les millions consacrés n'aient pas éradiqué les mauvaises herbes. Les citoyens, devant le fait de Marjorie et tant de paroles lancées à tout vent, sont interloqués mais pas encore assez retissés pour se mobiliser.

Pour ma part, j'étais estomaqué de n'entendre aucune référence au mot crime ou au mot droit chez tous ces 'jaseux'. Et on n'avait invité aucun juriste ou représentant de cette sorte aux groupe des commentateurs.

Une position simple, qu'on traitera de droite si l'on veut, est la mienne.

Je crois que la société de droit doit prévaloir en tous lieux de ma « cité ». Lorsqu'un crime est un crime dans ma société de droit, c'est aussi un crime dans la mafia, dans la prison ou dans l'école. Et dans ma société de droit, menacer l'intégrité physique ou la violer, menacer l'intégrité psychique personnelle ou la violer, menacer la réputation personnelle ou la violer constituent les crimes les plus graves et sont appelés tels : des crimes, des crimes contre les personnes. Et, dans l'intelligence traditionnelle de ma « cité », ces menaces doivent être réprimées sans quoi la vie en société n'est pas possible. C'est assez simple et, par toutatis, merci!

Dans la famille et de toutes façons dans « mon école » si cela n'est pas dans la famille, les enfants sont éduqués en fonction de cette société de droit dans laquelle ils vivront leur vie adulte. « Dans mon école », on accorde la priorité, avant tout autre apprentissage ou élément de programme. à apprendre à vivre sereinement avec soi-même et avec les autres. On appelle, éventuellement, crime ce qui est un crime dans la société de droit. Certes, on explicite les motifs qui ont amené une société évoluée comme la nôtre (!) à nommer crimes les gestes qui nous empêcheraient de vivre ensemble en paix. Par l'éducation, les enfants sont amenés à intégrer les valeurs fondamentales de ma « cité ». Et si les critères de jugement du ministère de l'éducation ou de quelques politiciens sur la ''performance'' de « mon école » oublient cette dimension, je deviens résistant à tous crins quitte à être seul dans mon « village gaulois »!

Pour être plus explicite, le système législatif et judiciaire de la société de droit sont introduits assez tôt dans « mon école ». Dès la maternelle ou la pré-maternelle, les conflits interpersonnels sont toujours objets de partage en groupe et entre les individus en cause. Les liens rompus par les agressions sont traités en vue d'une réparation et du rétablissement de la confiance et du respect mutuel entre les membres et l'ensemble du groupe. Peu à peu, les enfants selon le développement de leurs hormones et autres facultés, sont appelés à reconstruire la société démocratique de droit et participent à l'élaboration des règles de vie commune qui s'en inspirent et à un système de justice qui fait une large place à la réparation des liens malmenés ou rompus entre un offenseur, sa victime et la communauté. Une véritable démocratie, fondée sur une société de droit s'installe peu à peu dans la vie des enfants grandissants et, en secondaire 5, elles et ils sont devenus pratiquement des adultes aptes à fonctionner dans la « cité ». L'autorité sur ces sujets, on le voit, est graduellement transmise et d'enfants qu'ils étaient, ces êtres assument de plus en plus leur fonction de « citoyennes-citoyens ». Autorité intégrée se nomme autonomie ici et j'appelle cela liberté. Dans « mon école », être pleinement citoyenne-citoyen est plus important qu'être consommateur averti ou travailleur compétent ou …

Vivement que la société de droit entre dans l'école!

Ceci dit pour contribuer au développement des enfants de ma race!
 ce 2 décembre 2011

L'INTIMIDATION EN MILIEU SCOLAIRE- RÉACTION À LA POSITION DE LA SOCIÉTÉ DE CRIMINOLOGIE

Je suis ahuri par cet article de la Société de criminologie du Québec qui porte en titre : POUR ÉVITER DE TRANSFORMER LES ÉLÈVES EN CIBLES.  La trousse BRISE LE SILENCE qu'elle a préparée et qui s'adresse aux victimes et aux témoins m'apparaît irrecevable. C'est comme si l'on demandait à un quadraplégique de marcher ou à un mafioso de parler. J'aime à imaginer que la criminologie comprend que l'intimidé est l'enfant réduit au silence et que sa parole est plutôt rarissime. Sans quoi, il ne serait pas « intimidé ». J'ajoute : on a vu dans le passé des publicités dans les journaux pour inciter les analphabètes à s'inscrire à des cours d'alphabétisation; on a vu aussi  dans le passé des publicités pour inciter les enfants victimes d'inceste ou d'abus sexuel à dénoncer leur agresseur. Dans ces deux cas, il est apparu évident que les victimes sont davantage marginalisées, voire culpabilisées par ces actions mal ciblées. Je place l'article actuel publié dans le devoir du 10 décembre et la trousse BRISE LE SILENCE de la Société de Criminologie du Québec dans le même lot. Ils transforment davantage les élèves fragiles en cibles malgré sont titre « pieux ».

Je suis aussi ahuri car en aucun endroit cet article n'évoque le mot crime pour parler d'intimidation. Si la criminologie ne le fait pas, qui le fera? Les enfants doivent apprendre absolument que dans la société adulte - celle démocratique et dite de droit dans laquelle ils vivent comme enfants et vivront comme adultes - la menace à l'intégrité physique ou psychologique est considérée comme le pire crime qui soit, un crime contre la personne. On doit faire comprendre aux enfants et adolescents qu'il n'y aurait pas de société sans que la sécurité des citoyens soit assurée. C'est une notion fondamentale. La Société de criminologie, si elle veut s'impliquer adéquatement  doit faire la  promotion d'une école qui s'inscrit  dans une société démocratique, une société de droit!

Je suis ahuri car c'est une intervention pour demander que soit ajouté des ressources professionnelles, comme des criminologues, dans les écoles et que, pratiquement, il n'y a aucune interpellation des adultes de l'école avant la dixième ligne de la fin de l'article. Ahurissant! Les premiers qui dans l'école doivent briser le silence, ce sont les adultes qui y sont. S'il y en a parmi eux qui n'ont pas vu que, dans l'école, la violence et l'intimidation a cours, ils doivent être considérés comme des complices aveugles. S'il y en a d'autres qui ont vu et ne sont pas intervenus pour assurer la sécurité des intimidés, ils doivent se considérer comme des complices de la violence et modifier drastiquement leurs attitudes. L'école est un lieu de violence brute, je veux dire que la violence est à son état naturel au départ, car les enfants ne sont pas encore complètement civilisés quand ils y viennent.  Ils y viennent justement pour apprendre la culture civilisée de notre société. L'école est le lieu où les enfants rencontrent des adultes et sont accompagnés par ceux-ci pour devenir eux-mêmes des adultes civilisés. Tout plan ou programme scolaire visant la diminution de l'intimidation et de la violence passe en premier lieu par les adultes qui y sont. Ils doivent porter le message de la société démocratique et de la société de droit.

Je suis ahuri car il n'y a aucun geste éducatif de proposer dans cet article qui se veut une suite quelque peu pompeuse de conseils pour l'école. Pour celles et ceux qui réfléchissent un peu plus loin en termes criminologique de « justice réparatrice » ou d'éducation tout simplement, je me permets de rappeler que l'éducation dans ce domaine de l'intimidation passe par la "réparation" des gestes de violence posées par les enfants ou adolescents.  L'offenseur doit être appelé à réparer le geste d'intimidation qu'il a posé tant auprès de sa victime qu'auprès de l'ensemble du groupe, particulièrement le groupe qui en a été témoin. Ici, on doit comprendre et faire comprendre aux enfants et aux adolescents qu'un geste de violence blesse la victime et toute la communauté, car les liens de confiance nécessaires pour vivre ensemble ont été rompus. Ces liens doivent être restaurés et cette voie de réparation est d'autant plus évidente qu'il s'agit d'une école, un  lieu fait pour l'apprentissage.  La proposition que fait la Société de criminologie d'inciter les témoins de violence à marginaliser l'agresseur pour l'empêcher de récidiver est d'une grande pauvreté. Comme je trouve d'une grande pauvreté celles et ceux qui souhaitent qu'on n'oublie pas de traiter les agresseurs. Pour ma part, je demande simplement et prioritairement qu'on fasse de l'éducation avant de passer à la thérapie. Et éducation veut dire ici « réparation » d'erreurs, comme si souvent d'ailleurs. Et, à bien y penser, la plupart du temps en éducation.

Enfin, la prévention du taxage et de l'intimidation proposée par l'article de la Société de criminologie est une proposition qui sème la confusion. On utilise ce terme  populaire de prévention, en médecine ou en gestion sociale, mais il est particulièrement inadéquat pour parler de la violence qui a cours dans l'école. L'école est un milieu naturellement violent conçu pour civiliser les enfants. Cela ne se prévient pas. Les errements qui se manifestent dans l'école sont des opportunités d'éducation. Les enseignants doivent assumer cette responsabilité éducative au premier chef. 

Je suis déçu de cet article de  la Société de criminologie et j'ai la conviction qu'il ne reflète pas l'opinion de la majorité des professionnels qu'elle regroupe.

le 9 décembre 2011

mercredi 30 mars 2011

VIOLENCE À L'ÉCOLE - UN CADRE DE RÉFÉRENCE

Si vous étiez menacé physiquement et insulté par votre troisième voisin que feriez-vous?  N'appelleriez-vous pas la police? Dans votre esprit, ne penseriez-vous pas que ce sont des gestes illégaux et que les lois de la société vous protègent? Vos enfants qui ne sont que des enfants ont-ils cette protection? Il semble que non! Pour eux pas de police pour les protéger dans leur école où ils passent 5-6 heures par jour. Je me demande si leur ange gardien leur suffit?

L'école est encore et  toujours un lieu où fleurit le taxage, l'intimidation, le chantage et diverses autres formes de violence, de tentative d'asservissement, d'ostracisme que ce soit pour fifage appréhendé, réussite trop grande, tête ou ventre trop gros ou nez croche.

L'école n'a pas changée depuis l'époque où nous la fréquentions. La société par ses lois et son système de justice  n'y est pas présente et, conséquemment,  nos enfants n'apprennent pas à y vivre; ils doivent survivre en milieu violent. Je crois ceci. Après la prison, l'école demeure l'institution la plus violente de la société. Et, ce qui n'est pas dit, c'est qu'elle est hors la loi. Je veux dire que les lois de la société n'y prévalent pas, et cette société de droit n'y est pas promue. Et personne ne réfléchit à cette question. Je dois détonner, d'ailleurs, en m'exprimant de la sorte!
J'oubliais que la direction d'école est présente et les enseignants. Oh! Et qu'ils font la loi et qu'ils font la police, et qu'ils font justice. Cela ressemble étrangement à la mafia qui fait sa loi, l'applique et sévit en conséquence de ses propres décisions. Ni l'un ni l'autre ne réfère aux lois de la cité, de ma cité, ils ont leur propre loi et leur propre système de justice. Ils sont hors la loi, disais-je!

Je ne connais pas de règles d'école qui se définit explicitement en fonction des lois de la société. Prenez par exemple ce que l'on apprend cette semaine au Québec: il semble que souvent les directions d'école tentent de replacer les victimes de violence dans d'autres écoles parce que toucher aux abuseurs créerait tout un remous dans la population étudiante qui gravite autour de ses caïds; lorsqu'elles ont davantage de courage, on déplacera parfois les abuseurs vers d'autres lieux et on tentera de protéger les victimes; la plupart du temps, semble-t-il on tentera de contrôler les apparences et on sera 'tolérant' dans une bonne mesure; les plus à la mode prétendent à « tolérance zéro » comme le veut le slogan inventé il y a plus d'une vingtaine d'années me racontent mes souvenirs.  Chacun fait justice à sa façon selon les règles qu'il établit et ses humeurs particulières.


Il est vrai que les enfants sont des personnes depuis fort peu et que la société de droit ne leur semble pas accessible puisqu'ils auraient mieux: les règles de l'école, la surveillance de l'école, la justice de l'école, les punitions de l'école. Manifestement ce mieux est aléatoire et équivoque. Qui d'entre vous accepterait de vivre dans une société où ce sont les mêmes qui font les lois, les appliquent, rendent justice, décident des sanctions et entendent les recours. Cela s'appelle une dictature en termes habituels!!!Et, les dictatures entraînent l'asservissement d'une part et la violence d'autre part. Dans une démocratie, le système législatif est distinct du système policier et du système judiciaire. Quand donc l'école montre-t-elle à nos enfants ce fondement démocratique essentiel? Convenons qu'il y a un énorme paradoxe: les enfants sortent de l'école et entrent dans la société sans jamais avoir connu la société de droit. QUAND DONC DEVIENNENT-ILS DES CITOYENS?

Je serai odieux ici en disant que les profs ou membres de directions qui tolèrent la violence et l'intimidation devraient être poursuivis pour complicité avec des criminels et qui, ce qui est aggravant, des criminels à l'endroit d'enfants. Car n'est-il pas davantage connu que la loi de la Protection de la Jeunesse fait obligation à tous de déclarer la violence faite à un enfant! Si je ne suis pas odieux, la situation est tout de même paradoxale.


Vivement que la société de droit fasse son entrée à l'école et que l'école se donne comme mission de former des citoyennes et des citoyens.
L'école a besoin d'un cadre de référence pour son travail d'éducation et ce cadre c'est la société démocratique de droit. Rien de très compliqué lorsqu'on considère les enfants comme des personnes et d'éventuels concitoyens et qu'on se sent soi-même citoyen.
Et alors, parce que je suis un éducateur et que je crois qu'il est du devoir de l'école de faire progresser cette société de droit, je milite pour que dans l'école s'institue une justice qui ne se confine pas à la punition comme celle non-aboutie qui prévaut dans la société actuelle. Je milite pour une justice qui intègre réconciliation et réparation. C'est cette justice qui est éducative des agresseurs et des agressés, c'est cette justice qui, en ne répandant pas l'exclusion des uns et des autres, favorise des rapports de respect.

Et je demande aux intervenants dans l'école de quitter leur ghetto et de se conduire en citoyens de la même cité que la mienne : des citoyens de la société de droit. Je me sentirai alors davantage fier de cette école et croirai que les enfants de ma cité ont la sécurité nécessaire pour grandir et croître.

Jean

jeudi 9 décembre 2010

LES CHANGEMENTS DANS LA PERCEPTION DES CRIMES DE L'INCESTE ET DE L'ABUS SEXUEL

J'ÉCRIS ICI AU LECTEUR OCCASIONNEL QUI VIENT FAIRE UNE VISITE À MON CARNET. IL VEUT PEUT-ÊTRE SAVOIR DE QUOI CELA RETOURNE UN CARNET D'ÉCORCHÉ DE L'INCESTE ET DE LA VIOLENCE.
PAR EXPÉRIENCE, JE CROIS QU'IL A BESOIN D'UNE MISE EN CONTEXTE. JE DEVRAIS DIRE DE PLUSIEURS MISES EN CONTEXTE. QUOIQUE CELLE-CI SOIT RESTREINTE ET PORTE SUR DES QUESTIONS RELATIVES À LA SOCIÉTÉ DE DROIT ET À L'ÉVOLUTION DES PERCEPTIONS DES CRIMES D'INCESTE, D'ABUS SEXUEL, DE VIOLENCE, ELLE POURRAIT L'AIDER DANS SA COMPRÉHENSION.


Permets-toi d'imaginer que tu subis une agression criminelle - tentative de meurtre; torture ou séquestration physique; ''hit and run'' qui te laisse des handicaps indélébiles; écrasement de ta toiture mal construite par ton entrepreneur qui te prive d'un bras et d'une jambe; à ton choix (quoique ici, comprends moi bien, je ne te veuille, certes, aucun mal ) - tu pourras, je peux te l'assurer, compter sur les institutions protectrices de la société. La police et les pompiers viendront à ton secours, les services hospitaliers seront à ton service, tu auras droit à des soins psychologiques post-traumatiques, on arrêtera ton agresseur, on le traduira en justice, tu auras droit à plusieurs lignes de nouvelles dans les divers médias, tes voisins viendront te voir pour sympathiser, tes amis accourront pour t'aider, tu pourrais même partir une fondation si les sévices que tu as subis ont un poids « marketing » qui suscite un surplus important de sympathie. Mais, sois assuré, d'une façon ou d'une autre, tu recevras pour ces crimes dénoncés par la loi tout le support et la sympathie des membres de notre société et la mienne certainement. Et je suis ravi qu'il en soit ainsi. Je suis ravi de vivre dans une société de droit. Je peux t'assurer aussi que ce capital de sympathie sera si universel que tu ne sentiras en rien les quelques dissidences qui pourraient exister, s'il en existait dans notre société. Tu ne rencontreras probablement personne qui insinuera ou te dira explicitement de te taire plutôt que de te plaindre, personne qui s'en lavera les mains en te disant que c'est la vie et qu'on n'y peut rien, personne qui manifestera de l'impatience à ton récit des sévices subis et qui sonnera l'heure de passer à autre sujet. Non, je peux même te dire que tu ne rencontreras probablement personne qui t'incitera à garder l'anonymat sur ton expérience et qui valorisera l'attitude du silence.
Il en est ainsi parce que dans notre société de droit, comme dans celles qui veulent le devenir, dénoncer l'injustice criminelle commise par des pairs constitue une contribution essentielle au maintien et au progrès de cette société. Celui ou celle qui garderait le silence ou chercherait à faire taire la dénonciation d'un crime contre la personne, comme ces crimes que j'ai nommés, serait perçu comme asocial et serait classer rapidement dans le groupe de ceux qui menacent le maintien des liens sociaux. Il serait traité éventuellement comme un criminel potentiel. Oui, convenons-en, le législatif, l'exécutif et le judiciaire sont ces merveilleuses institutions qui ont développé un système de droits, lesquels ont permis peu à peu l'établissement du lien de confiance nécessaire pour vivre ensemble. Sans droit, sans police, sans justice, les autres constitueraient une menace insupportable à sa propre existence. Le droit est le ciment de la société et oeuvrer à faire progresser la justice constitue une contribution au développement de la société et de la civilisation humaine.

Mais tous les crimes que le droit dénonce ne reçoivent pas le même niveau d'aversion-réprobation de la part du public. Et ce niveau d'aversion-réprobation varie d'une société à l'autre et d'une époque à l'autre.
Ainsi, les crimes contre la personne ne sont pas perçus de la même façon que les crimes économiques. Certains crimes économiques, comme ceux de Robin des Bois, ont pu recevoir, à l'occasion, l'admiration de la part du public même si la loi les réprouvait. Ceux qui s'enrichissent "rusément" ont pu être perçus comme "intelligents". Mais on sent bien qu'Angéla Merkl, comme un grand nombre d'européens, ne décolèreront pas devant les 300 millions de dollars empochés par Golden Sachs qui a permis de maquiller la déconfiture des finances de la Grèce et de d'autres pays de l'UE: Espagne, Portugal, etc.. L'époque de mondialisation a permis l'émergence de voleurs mondiaux, mais on voit mieux que ces voleurs font du tort à tous. Du tort grave. Si grave que notre envie de leur enrichissement ne parvient pas à obnubiler le tort occasionné à tous. Une vision plus globale émerge où justice sera réclamée pour les crimes économiques, écologiques....etc. La gravité de ces crimes et leur réprobation est en augmentation et continuera de l'être.

Mais, je reviens aux crimes contre les personnes et je réaffirme ici que tous les crimes contre la personne ne reçoivent pas le même genre de réprobation et les blessés de ces crimes ne reçoivent pas tous le même niveau de sympathie de la part du public. Tu as été plutôt chanceux dans les exemples de crimes dont je t'ai fait virtuellement victime pour aider à ta compréhension. C'étaient des crimes qui attirent l'aversion et la sympathie universelles, des crimes dont la reconnaissance est bien implantée depuis les enseignements anciens qui formulaient l'injonction de ne pas tuer son voisin. Ils sont donc au « top »ou presque. Mais, d'autres crimes qui sont peut-être aussi graves, plus graves même ont une moins longue histoire, et comme ils sont devenus réprouvés par la loi plus récemment, le public, dont la moralité n'est peut-être pas encore à ce niveau, n'offre encore aux victimes que peu ou pas de sympathie. Ce sont des crimes contre la personne qui ont été inventés ou plus justement inventoriés au vingtième siècle, il s'agit des crimes de guerre et des crimes sexuels, du moins sont-ce ceux là qui me fascinent et m'interpellent.

(Je fais ici un autre aparté que je mets entre parenthèses. Excuse, je te prie, mon imaginaire qui aime brasser le réel dans un large spectre et que je peine à endiguer. Certes, j'ai parlé de certains crimes dont les victimes sont au ''top'' de la sympathie publique, mais il est certain que si tu es plus simplement victime, disons d'un séisme, comme celui d'Haïti, que tu es un enfant qui n'a plus qu'un bras, que tu as de plus perdu tes parents au cours du tremblement de terre alors, la sympathie sera telle qu'on voudra te « rapter », pour te sauver de ton pays et tu pourras sans peine être adopté dans un autre pays mieux nanti, peut-être même seras-tu vendu à gros prix. Tu auras alors suscité une sympathie maximale que tu n'aurais certes pas si le bras qui te manque, toi un noir, tu l'avais perdu à l'occasion d'un crime crapuleux à l'encontre de ta famille et au cours duquel tes deux parents auraient été liquidés. Le criminel entache toujours un peu sa victime de son aura particulier et tu générerais un capital de sympathie moindre que le haïtien de souche. Les « Acts of God » provoquent une cote de sympathie de niveau plus élevé que les crimes humains pour un même résultat sur la victime. Les perçus puissants de l'univers, y compris le « dieu top » créé par les puissants de la planète, sont toujours davantage et plus facilement excusés que les plus faibles. J'y reviendrai: Dieu m'apparaissant, maintenant que je vieillis, se situer davantage parmi les plus faibles.)

LES NOUVEAUX CRIMES DU XXE SIÈCLE:
LES CRIMES DE GUERRE

Je reviens aux crimes d'invention ou d'identification plus récente: ceux sexuels et ceux de guerre. Oui, les crimes de guerre sont récents. Pendant longtemps, en occident notamment, la morale catholique a justifié les états nationaux qui faisaient la guerre, si telle guerre était "juste", ajoutaient ces censeurs universels. On voit la distinction, de raison raisonnante, entre "juste" et "injuste", n'est-ce-pas! Cette église qui avait inventé l'Inquisition et les Croisades pour ces propres fins de pouvoir dans les choses humaines ne pouvait pas ne pas autoriser les états à tuer ....pour une cause "juste", certes!!!. Elle l'avait fait elle-même. Dès lors la guerre, ne fut pas un crime pendant belle lurette.
Mais, à la fin du 19e siècle, les moyens de tuer efficacement ayant augmenter de façon exponentielle, certains humanistes commencèrent à vouloir protéger les simples civils des "dégâts collatéraux" que causent ces guerres. Un première convention de Genève est signée en 1894 sous l'instigation de Dunant, le même qui fonda la Croix Rouge. Mais, malgré cette convention, la guerre de 1914-1918 ne fut pas sans "dommages collatéraux" sur les civils. On parle de 10 millions de morts et de 20 millions d'invalides pour cette première guerre mondiale. Un cumul de souffrances ''unbelievable''. (Le mot ''olympique'' ferait peut-être l'affaire ici. Excuse-moi du qualificatif provenant de l'air du temps!).

La convention de Genève fut donc révisée et précisée et renforcée et signée à nouveau après cette expérience désastreuse. Les "nations civilisées" donnèrent naissance à la Société des Nations pour concrétiser leurs souhaits, leurs voeux, pourrait-on dire, de faire prédominer la diplomatie aux guerres que les populations trouvaient, ma foi, de plus en plus injustes. Mais les populations en décident bien peu. Et les chefs d'états réussirent à convaincre leurs populations qu'on avait mené de justes guerres et, par de multiples entourloupettes, la mémoire des horreurs fut ravalée. Et puis, les générations se succédèrent dans une nouvelle culture plus individualiste et tournée vers l'immédiateté du plaisir consommable. Oui, la mémoire des horreurs a tendance à s'oublier et fut oubliée ou presque en un peu plus de vingt-ans.
On se retrouve donc, peu de temps après, dans une toute nouvelle guerre mondiale, un peu plus longue, un peu plus destructrice, un peu plus barbare, un peu plus mondiale soit celle qui eut cours entre 1939 et 1945. Et, à la fin de ce nouvel hécatombe, on pouvait compter (cela a pris quand même un peu de temps pour compter jusque là) 62 millions de morts...environ...et des invalides...non dénombrés. On peut se rappeler qu'au cours de ce conflit mondial, les populations civiles ont été plus nombreuses en dénombrement (sic) que les populations de soldats (être membre des forces armées était alors moins risqué); que cette guerre avait fait plus de victimes que l'ensemble de toutes les guerres, de toutes les époques antérieures, depuis le début de l'humanité. On peut ajouter aussi que les horreurs guerrières furent "innombreuses" et partagées assez équitablement entre les camps des belligérants. Mais, le vainqueur a toujours les moyens de se refaire une réputation et, à la fin du conflit ou après le conflit principal, (je ne sais comment dire) on tuera, par milliers, les criminels survivants du camp adverse. Cela fait du bien au peuple et dérive l'attention qu'il pourrait porter sur ses propres dirigeants. Il était pourtant vainqueur le vainqueur et avait du déverser un poids total de bombes plus imposant que ses opposants pour vaincre définitivement. Mais... Le vainqueur, non criminel, lui, prétendait-il, a institué le procès de Nuremberg pour montrer l'inqualifiable cruauté des nazis. Et c'était inqualifiable; difficile de ne pas en convenir! Les juifs qui avaient été les sujets d'un projet de génocide particulier et payé un tribut de 5 à 6 millions des leurs n'ont pas quitté l'avant-scène et ont tenté de maintenir la mémoire du crime contre l'humanité. Pour ma part, je dis merci pour cet effort de constituer une mémoire de certains crimes de guerre car telle mémoire porte le germe de la fin de la guerre dans l'histoire humaine. Je crois en la capacité humaine de constituer de l'expérience au delà des apparences d'oubli. J'apprécie les Wiesenthal et les Klarsfeld de ce monde qui crient à la justice et en trouve les nouveaux moyens.
Mais...
Depuis 1945, le génocide s'est popularisé dans les états tyrans et de nombreux génocides ont été perpétrés. Il y en a en cours, au jour d'aujourd'hui. Des guerres plus nombreuses que jamais ont été menées. Des guerres par des états tyrans, des guerres par des états dits démocratiques.
À travers ce magma de bêtises, deux ou trois phénomènes nouveaux, signifiant pour moi l'émergence d'une conscience élargie dans l'humanité, m'apparaissent particulièrement significatifs.
Le premier phénomène est l'apparition d'une justice internationale et d'un tribunal pénal international. Le début à Nuremberg. ( C'est la nature du paradoxe de montrer le constant mélange des ingrédients: le mieux naissant souvent du moins bien!). Et ce tribunal international a été actif récemment pour les criminels de l'ex-Yougoslavie et pour ceux du Rwanda. Des tribunaux semblables ont été mis en place au Cambodge dernièrement. La Commission Vérité et réconciliation en Afrique du sud, les Gacaca au Rwanda ont été aussi des mécanismes de justice pour juger de génocides et des crimes guerriers. Les russes même reconnaissent les horreurs du génocide stalinien avec quelques dix millions de mort.
Le second phénomène est l'émergence d'une nouvelle capacité chez de larges pans de population, dans de très nombreux pays, de descendre dans la rue pour s'opposer à la guerre, à la guerre en Irak, particulièrement. Tu te souviendras de février 2004 où des millions de citoyens de la planète, en Europe, en Amérique notamment, sont descendus ensemble dans la rue, représentant dans leur communauté des opinions majoritaires de 70 à 80% à l'encontre de cette guerre en Irak. Oh! Certes, les politiciens ne veulent pas abandonner leur privilège de faire la guerre, la guerre "juste", et ils ont, malgré leur population, mené la guerre en Irak et ailleurs. Mais, l'opposition populaire à toute forme de guerre a connu, alors, une visibilité sans précédent. Et cela se poursuivait, il y a quelques mois à peine, par l'examen forcé des décisions de Tony Blair, premier ministre ayant décidé, peut-être à l'encontre des lois de son pays, de plonger la Grande-Bretagne dans cette guerre contre l'Irak. L'humanité semble retrouver de la mémoire « RAM ».
Et enfin, autre phénomène récent dans ces états démocratiques et guerriers, une nouvelle demande pointe de la part des soldats éclopés qui ne se contentent plus de médailles d'honneur, de symboles de bravoure, de monuments au soldat inconnu et de pensions à vie qu'on leur offre à grand tour de bras, voire qui rejettent ces symboles propres à endormir la mémoire des crimes. Ils demandent plutôt des soins post-traumatiques et la reconnaissance que leur conscience intime a été blessée par une situation inimaginable d'horreurs humaines. Ces soldats victimes se voient de plus en plus souvent comme des blessés par des actes criminels, actes par lesquels on a cherché à les conditionner à tuer leurs semblables humains sans arrière-pensée, actes criminels des autorités politiques de leurs propres pays qui décident de faire la guerre. Valse avec Bachir (http://mindfood.no-distance.net/rails/public/pictures/1018.jpg) est un exemple, - en film d'animation qui peut nous apparaître plus vrai et plus cru que la réalité - de cette nouvelle contestation et de la scission qui s'installe entre les chefs d'états et leurs soldats. Je note que cette scission s'ajoute à la scission entre les chefs d'état et leur population. La guerre se criminalise pas à pas; vive la Vie!
Je veux ici mettre en évidence que les nouvelles émergences morales contre la guerre sont le fait des victimes. Elles se battent contre des machinations puissantes disposant de ressources et de moyens presque illimités. Je dis presque parce que le pouvoir des chefs, - qu'ils soient démocratiques ou tyrans ne semble faire encore que des différences mineures! - ce pouvoir des chefs donc est plutôt disposé à tout détruire pour faire prévaloir leur position prédominante. Si les chefs veulent la guerre, ils la feront prévaloir dussent-ils saigner les leurs. Les chefs d'état dont on attendrait qu'ils fussent de bons pères pour leur population, qui le prétendent assurément, sont plus souvent qu'autrement des « abuseurs ». Et ils sont supportés par un très grand nombre de leurs concitoyens même quand ils sont des tyrans. Le spectacle du Chili sous Pinochet, ou celui du Zimbabwe devant l'indécrottable Mugabé le montre d'abondance. Hitler n'est qu'un cas plus patent parmi une multitude de cas semblables. Suivi avec beaucoup d'unanimité par tout un peuple. Une des armes puissantes que les chefs d'états utilisent pour mater toute résistance est celle de la culpabilisation de leurs victimes qui ne doivent pas mordre la main qui les nourrit...main qui est leur survie et leur vie: le pays, la nation. C'est l'injonction commune "Honore ton père et ta mère" et celles sous-jacentes évidentes pour tous "Honore ton chef, surtout ton chef d'état; Honore ton pays et ta nation" qui sont en arrière-plan et bien imbriquées dans la conscience intime de tous les citoyens! Et, dans la grande majorité des sociétés humaines y compris les USA et le Canada, quiconque conteste le chef de l'état guerrier ou le fait que sa nation soit en guerre, est nécessairement perçu comme injustifié par une très grande majorité. On croira que cet agresseur de la nation a perdu la tête, qu'il est fou certainement; c'est une personne qui manque de respect à l'égard de tous, de son pays, de sa patrie, laquelle lui a tout donné. Sa révolte est irrecevable. La majorité aime le statu quo par dessus tout. Dans plusieurs sociétés un peu moins démocratique que la nôtre, cet agresseur risque la prison pour crime contre l'État, la nation, la patrie.
Alors, je le dis même si j'encours quelques risques pour ma réputation, notre pays, le Canada est en guerre "injuste et injustifiée" comme le sont les USA, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, etc.. Un « et coetera » que je suis incapable de dénombrer. Et, maintenant que le pays est en guerre, on s'en plaint fort peu dans l'opinion publique. Au contraire, on se trouve héroïques de sacrifier nos jeunes hommes et nos jeunes femmes à de si nobles causes. Ce sont des braves. Et vive l'ADQ qui a proposé récemment de rebaptiser l'autoroute Henri IV près de Val-Cartier en autoroute de la Bravoure!
Pour ma part, je suis admiratif de ces quelques phénomènes moraux émergents par lesquels des citoyens s'opposent à la guerre et la font advenir au rang de crime à réprouver. Je souhaite une société mondiale fondée sur le droit dont la guerre est exclue au titre de crime contre la personne, de crime contre les personnes, de crime contre l'humanité.

LES NOUVEAUX CRIMES SEXUELS
Parmi les nouveaux crimes contre la personne, inventés (!!) ou plutôt inventoriés au siècle dernier, se retrouvent également les crimes sexuels. Ils ont une parenté avec les crimes de guerre par plusieurs biais, mais au premier titre, quantitatif celui-là, par leur augmentation sans précédent depuis qu'on les a identifié et ils progressent à un rythme extrêmement rapide. Et ils ont aussi des liens de parenté qualitatifs et plus profonds avec les crimes de guerre. Les guerres ont traditionnellement été menées et nourries pour et par la rapine des vivres et des ressources et tout aussi bien pour et par l'esclavage et le viol des femmes et des enfants à la satisfaction des divers plaisirs sexuels des soldats et de leurs chefs. Des guerres sans viol, des guerres sans abus sexuels sur les femmes et les enfants, cela n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Qu'il se lève celui qui peut en nommer une!
L'église qui a cautionné les guerres "justes" n'a jamais pour autant dénoncé les crimes sexuels dont elles se nourrissent toutes et chacune. Elle commence à peine à réprimer les crimes sexuels dont ses représentants furent constamment coupables auprès des femmes et des enfants. Récemment encore des concitoyens étaient devant le collège Notre-Dame avec leurs pancartes, un collège situé devant l'Oratoire du nouveau Saint Frère André, un coreligionnaire des Frères de Sainte-Croix parmi lesquels on compte de nombreux « abuseurs » de générations de petits gars qui fréquentèrent cette institution de renom au Québec.
Dans une perspective historique plus large encore, je remarque que les commandements de Dieu défendent à l'homme de désirer la femme de son voisin et de forniquer avec elle, mais qu'ils n'effleurent en rien les propres enfants de cet homme, ni ne conditionnent le désir de fornication de cet homme par le libre consentement de la personne visée par ce rapport sexuel. Les commandements de Dieu, par leur abstention, ouvrent grande la porte à l'inceste et à l'abus sexuel. Je suis incapable, malgré ma recherche, de trouver dans la Bible une trace d'un possible abus sexuel de la part d'un père ou d'une mère sur son enfant. Oui, le crime semble récent.
Comprenons que c'est hier, dans les sociétés occidentales, que les femmes et les enfants ont acquis des ''droits de cité'' comme personne. Au cours du vingtième siècle qui suit l'époque de Jésus, quoi!. Ces droits ne sont pas encore centenaires et ne sont en rien universels sur notre planète. Et on doit comprendre que l'affirmation des droits vient toujours avant leur reconnaissance universelle dans les sociétés concernées et bien, bien avant que les membres de ces sociétés éprouvent une sympathie automatique pour les victimes de ces crimes. C'est le cas dans notre société. Ici, je me permets deux citations pour aider à dater ces nouveaux droits des femmes et des enfants.
Droits des femmes:
« Les Nations unies ont célébré, le 13 octobre 2004, le 25e anniversaire de la Convention sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). 25 ans après l’adoption d’un texte que l’on considère comme une véritable charte des droits de la femme, cet anniversaire a été l’occasion de mesurer les progrès réalisés vers la reconnaissance et la mise en œuvre des droits de la femme dans le monde. (http://www.aidh.org/Femme/HP_DdF.htm)
Droit des enfants: (cf:http://www.droitsenfant.com/histoire.htm)
Le mot enfant nous vient du latin "infans" qui signifie : "celui qui ne parle pas." On voit déjà fidèlement se refléter dans cette origine du mot une conception bien particulière de l'enfant : "soit sage et tais toi !"
Ainsi les pères gaulois, avaient droit de vie et de mort sur les enfants.
Les lois romaines autorisaient les hommes à accepter ou refuser un enfant à sa naissance.
Ce sont les philosophes du XVIIIe siècle qui fondèrent notre réflexion actuelle de l'éducation et l'épanouissement de chacun.
....
... la convention internationale des droits de l'enfant voit enfin le jour le 20 novembre 1989 !
À ce jour 192 pays ont ratifié cette Convention les obligeant ainsi à mettre leurs lois en conformité avec ce texte. C'est la convention la plus ratifiée de toute l'histoire. Il est intéressant de noter que les États Unis ne l'avaient pas signée car elle interdit la peine de mort pour les mineurs. Les États Unis ont aboli la peine de mort pour les mineurs en janvier 2005 mais, à ce jour, n'ont toujours pas ratifié la convention. » (d'après "Le grand livre des droits de l'enfant" de Alain SERRES - Editions Rue du Monde)
... et je reviens aux crimes sexuels...
L'abus sexuel des femmes est encore affaires quotidiennes dans nos sociétés et on peut constater que la pornographie notamment est une industrie florissante. Notre société compte parmi les sociétés où, périodiquement, se manifeste le projet de légaliser la prostitution! Le fantasme sexuel de blesser la partenaire, de l'asservir semble encore assez courant sur les sites pornographiques. Le cas du lieutenant-colonel Williams est fascinant qui allie soldat haut-haut gradé et crimes sexuels d'asservissement jusqu'au meurtre. Il est tout récent que les victimes de viol - des femmes dans une très, très grande proportion comme nous le savons tous - reçoivent de la part de la police et de l'appareil judiciaire la considération qui leur est due. Du moins, veux-je le croire|! (La victime est demeurée fort entachée par le fait que le crime commis soit plus récent dans son identification et par le fait qu'elle soit toujours perçue comme faible dans la société.) Les abus sexuels sur les femmes sont de mieux en mieux criminalisés et les victimes reçoivent de plus en plus la sympathie du public...mais...mais, il reste un grand bout de chemin à faire... nommément pour ces femmes sous voiles qui sont récemment apparues dans nos sociétés et qui peuvent être tuées par des membres virils de leur propre famille si elles ne sont pas sages. Et ailleurs dans le monde, les femmes sont encore excisées en grand nombre et majoritairement asservies sexuellement. Oui, il y a probablement plus de femmes asservies sexuellement sur notre planète que de femmes qui peuvent disposer librement de leur vie sexuelle. Cela pourrait nous inciter à réfléchir, ma foi!
La pédophilie pour sa part reçoit toujours suffisamment d'engouement pour qu'elle occupe une place de choix dans la pornographie sur le web et que ce crime soit en progression partout, surtout comme activité touristique. Mais, si la pédophilie est en progression comme s'il s'agissait d'un crime doux et tendre, surtout quand il est perpétré dans un pays de vacances ou encore qu'il n'est que virtuel dans des images pornographiques, les pédophiles avérés sont maintenant, par contre, fortement dénoncés dans notre société. Comme s'il y avait une pédophilie douce et quotidienne acceptable et des pédophiles avérés, dégueulasses. Le jeunisme général de notre société, l'"abhorration" des poils adultes sur les corps des hommes et des femmes qui, s'ils souhaitent être désirés ou désirables, doivent se dépiler au laser, le bikini, et tout le nid, et l'aisselle, et l'aine, et l'anus, et l'orteil pour avoir une vie sexuelle propre et "normale", tout cela manifeste bien la tendance générale qui veut que l'éphèbe et la pré-pubère soient des icones sexuelles supérieures. Des icones propres aux pédophiles, quoi! Pas surprenant que même des évêques soient pris au jeu comme, dernièrement, celui, acadien, collectionneur de pornographie infantile et juvénile. Mais, la société trouvent dégueulasse les pédophiles avérés et pervers que les parents d'enfants dénoncent, forçant ainsi la justice hésitante à l'endroit des pédophiles libérés au sixième de leur peine à identifier plus facilement leur lieu de résidence. Et ces parents sont, en cela, les fers de lance pour faire avancer la répudiation de ces crimes et l'augmentation du capital de sympathie pour les victimes. On devient de plus en plus atterré d'imaginer ces prédateurs mangeurs d'enfants sans défense, consommateur de chair fraîche, comme on le dit populairement et machistement. Nous progressons devant ces "nouveaux" crimes qui ont toujours existé.

...et le crime en reste, celui de l'inceste

Oui, l'inceste est en reste, loin, à la toute queue des nouveaux crimes sexuels.
Il est un crime bien récent. Il ne fait pas l'unanimité en occident. Un commentateur de l'Express de Toronto
(http://www.lexpress.to/archives/3815/ ) se demandait récemment (mai 2009) si on doit légaliser l'inceste...plutôt que de le criminaliser. L'inceste trouve même des promoteurs sur le web qui en vantent le naturel et les divers bienfaits sur la croissance (http://science-univers.qc.ca/sexualite/52-inceste.html). La France, où l'inceste n'est pas clairement défini comme crime, ainsi qu'il l'est au Canada où il est passible de 14 ans de prison, a débattu un projet de législation dans les derniers mois.
(http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/01/27/01016-20090127ARTFIG00595-deux-millions-de-francais-victimes-de-l-inceste-.php)
Ajoutons, que l'inceste traditionnellement réprimé par les lois est celui de l'union par mariage de deux membres d'une même famille. Les définitions qui notent l'abus de l'autorité parentale sur la personne d'un enfant en vue d'obtenir des avantages sexuels constitue une définition très récente. L'inceste a plutôt été jusqu'à tout récemment soit le privilège des pharaons, des rois et des reines, soit un danger pour la pureté de la race, soit une tendance perverse des enfants à l'endroit de leurs parents ou proches. Freud n'a pas manqué à l'examen de ce projet infantile, source de dévoiements futurs.
Mais..
La haute fréquence de la commission de l'inceste est sans doute une des causes de son manque de criminalisation et d'antipathie de la part du public. Les études par sondage d'AIVI en France parlent de 3%, mais on soupçonne que, dans la réalité, une personne sur dix, soit 10% ( certains parlent de taux pouvant aller jusqu'à 50%) a connu l'inceste. Il est plus facile de connaître ce taux, cela va de soi, que le nombre de personnes qui font connaître l'inceste aux enfants, mais celui-ci est probablement plus élevé que ce que les victimes en disent. Ils ne s'en vantent quand même pas, ces criminels communs! Certes, le taux doit être encore très élevé dans notre société. Et je me souviens des dénonciations de Foglia qui affirmait que dans les villages isolés dont est fait le Québec, la pratique de l'inceste est chose courante. Plus élevé que pour le meurtre ou le "hit and run', voire les deux réunis'!!! Probablement? Voire sûrement!
Oui, pour qu'un crime soit bien installé comme crime, et réprimé, et que les victimes suscitent la sympathie du public, cela lui prend du temps! Et il faut que la grande majorité du public en ait quitté définitivement la pratique.
Au plan de leurs logiques propres, les crimes sexuels sont le fait de prédateurs bien près de nous, presque de prédateurs en nous. Les machistes ne sont pas systématiquement répudiés, ils sont parmi nous comme des gens normaux, ils sont en nous comme une part de notre identité. Comment les réprouver sans être en cause.

Et l'inceste est en reste de cette progression de criminalisation et de sympathie. Éminemment en reste. C'est un crime de famille. Et quand il est dénoncé, (presque nécessairement et inévitablement et inexorablement par des victimes devenues adultes) les gens ne s'identifient pas à la victime d'autrefois-enfant-sans-défense-et-abusé-qui-est-devenu-adulte-et-qui-a-reconquis-sa-vie, ils s'identifient plutôt à leurs propres parents, lesquels sont nécessairement des "bons parents" dont on ne doit pas dire du mal, si non ils ne seraient pas eux-mêmes de "bonnes personnes". Le discours intérieur va à peu près comme suit: ''mais les parents font ce qu'ils peuvent, quoi! Soi-même on sait comment c'est difficile d'être un bon parent. Et si tu veux être un vrai adulte, il faut que tu aies pardonner à tes parents qui voulaient ton bien, même s'ils ont été un peu violents; une tape de temps en temps, cela fait du bien; les parents ne peuvent pas être parfaits; et puis dans le temps on était plus sévères; faut comprendre!! Alors, digère ton enfance, fais-toi soigner, deviens un vrai adulte!''

Le ''HONORE TON PÈRE ET TA MÈRE'' constitue une injonction complètement « internalisée » dans les populations actuelles, une injonction si forte qu'on croirait qu'elle est une des constituantes de l'identité sans laquelle chacun se désagrège. Celui qui n'honore pas son père et sa mère est indigne, telle est la perception générale. La société a besoin que ses membres honorent père et mère sans quoi sa solidité interne est atteinte. Elle ne saurait survivre autrement.
Pour être répréhensible vraiment et attiré peut-être aux victimes la sympathie universelle ou presque, l'inceste doit-il être à la dimension de celle du père autrichien qui a enfermé sa fille pendant 24 ans et lui a fait 7 enfants sans que la mère s'en aperçoive (!!)? C'est récent: avril 2008! Ce n'est pas certain. Il faut savoir que la fille victime avait fui et ne voulait en rien, une fois retracée, se montrer le visage. Dans l'inceste, la victime doit « internaliser » la honte, car la société ne supporte pas la dénonciation, comprenez-vous!
Mais, les dénonciations de l'inceste dans notre société sont peu fréquentes. Elles se font surtout par témoignage livresque interposé, une fois que la victime s'est soignée pendant de nombreuses années. La plus part du temps, les victimes qui s'aventurent dans la dénonciation peuvent apparaître comme des êtres étranges. Telles furent ces deux soeurs de près de soixante ans d'âge qui après avoir gardé le silence pendant quarante-deux ans (sont incluses ici les années de honte et de thérapie), ont dénoncé ces sévices incestueux subis à partir de l'âge de cinq ans et pour sept années durant, sans reprendre haleine, et qui firent condamner leur ''pauvre'' père de 93 ans, Philippe Hamelin, pris d'une maladie dégénérative semblable à l'alzeihmer, lequel ne pouvait plus être emprisonné ou purger une peine significative en prison ou ailleurs.
Moi, qui salue le courage extraordinaire des deux soeurs Hamelin, appartient à une gang très peu nombreuse au regard d'une majorité de citoyens qui pense que les deux soeurs auraient du se taire, continuer à se taire comme elle en avait pris l'habitude pour un premier 42 ans. ''Traiter ainsi leur vieux père malade, est-ce possible? Répugnant, voyons donc!''
Alors, oui parmi les crimes nouveaux et parmi les crimes sexuels nouveaux, l'inceste est sérieusement en reste pour obtenir sa part de réprobation et la sympathie du public pour ces victimes qui étaient des enfants très sévèrement abusés dans leur âme.


...enfin

Dans l'histoire des civilisations, il apparaît que les premiers crimes dénoncés soient ceux de nature physique: meurtres, contraintes, coups et blessures. Les crimes qui tuent et invalident d'autres communautés humaines suivent ensuite au palmarès de la reconnaissance. Les crimes de nature physique qui dégradent l'environnement matériel global viennent ensuite. Les crimes économiques sérieux qui détruisent et l'environnement et la santé économique des sociétés viennent ensuite. Les crimes qui maculent les psychés viennent généralement plus tardivement. Et parmi ces derniers, plus la victime est faible et sans défense, plus longue sera l'absence de reconnaissance et de sympathie publique. Les soldats, les femmes et les enfants à la toute fin!

Évidemment, considérer la psyché comme un bien inaliénable, le lieu de l'exercice du libre arbitre, le bien le plus précieux que nous aient fait les dieux est une considération réservée à de haut niveaux de culture et de civilisation. Il faut probablement avoir compris que les dieux ne se tiennent pas avec les puissants, mais qu'ils fréquentent les vulnérabilités des consciences, les pauvres d'esprits, les blessés de tous ordres, les faibles et les enfants. Quand le droit des sociétés aura mis la prédominance à la préservation et au développement des psychés et des consciences, au delà de la vie physique, nous en serons là. Pour l'heure, les victimes de tentative de meurtre reçoivent la sympathie du public et les dénonciateurs de l'inceste sont marginalisés, réprimandés comme s'ils étaient des éléments destructeurs de la société.


« un blogueur déchaîné »
Jean