jeudi 3 novembre 2011

DEVOIR DU 3 NOV 2011- RAYMOND GRAVEL OU LE JUGEMENT PERTURBÉ

À l'age de 12 ans, Raymond Gravel reçoit une tentative de tripotage d'un religieux éducateur dont il retire la main de ses culottes. En réponse, ce dernier feint alors de l'étouffer avec le cordon qui retient sa soutane. Raymond Gravel affirme aujourd'hui : « je n'ai pas été traumatisé pour autant ».

Il y a des questions simples qui surgissent à l'esprit de celles et ceux qui ont quelque expérience valable dans ce domaine de l'inceste et de l'abus sexuel sur les enfants. Des questions simples, oui!

Pourquoi Raymond Gravel a-t-il refusé le tripotage qui lui est alors proposé? Si sa réponse est qu'il ne trouvait pas cela acceptable psychologiquement ou moralement pourquoi alors ne s'en est-il pas plaint à l'autorité de son collège religieux ou à ses propres parents?

La conséquence de cet abandon de responsabilités de la part de Raymond Gravel au profit des abuseurs religieux de son époque est aujourd'hui manifeste. Celui qui nous avait habitué à de la compassion, inspiré sans doute par les Béatitudes et prêchant pour la défense des petits, des sans-voix, des opprimés par les préjugés sociaux - les homosexuels par exemple-, voilà qu'il défend le pouvoir établi, son église et cette « majorité de religieux qui ne sont pas concernés par la pédophilie, qui n'ont jamais été en autorité et qui se voient obligés de payer pour l'écart de conduite de certains des leurs ». Pour ma part, les seules personnes que je connais qui ne sont pas concernées par la pédophilie sont celles qui, comme Raymond Gravel, ont été incapables de la dénoncer alors qu'elle se présentait sous leur nez ou dans leur culotte ou encore qui ne savent pas la reconnaître dans leurs pulsions.

L'incohérence de Raymond Gravel est évidente dans plus d'un aspect de sa diatribe que publie le Devoir du 3 novembre 2011. À titre d'exemples : il prétend ne pas banaliser l'histoire des victimes, mais il banalise la sienne; il prétend que les bons religieux non-concernés n'ont pas à payer pour l'écart des autres, mais il veut que toute la société paye pour toutes les vraies victimes; il prétend qu'il est inacceptable et abusif de juger du passé avec le regard qu'on porte aujourd'hui, même s'il est épouvantable, à son jugement, que des religieux ou des laïcs aient commis des agressions sexuelles sur des jeunes qui leur étaient confiés. Bref, le jugement de l'homme est joliment perturbé et son sens de l'évangile profondément atteint. Cela arrive fréquemment lorsque l'on se retrouve dans une situation paradoxale. Le mental se débat alors comme un diable dans l'eau bénite. C'est le cas de ce prêtre en lutte avec ses démons.

Ce que Raymond Gravel ne comprend pas, c'est la nature même de l'abus sexuel sur un enfant. En effet, l'abus sexuel d'un enfant n'est pas qu'un geste criminel de la part d'un individu sur un autre, contrairement à la majorité des délits criminels. Comprenez ceci. Il s'agit plutôt d'un geste de toute une société sur un seul individu; car l'agresseur ici porte le pouvoir de toute la société devant l'enfant qui est totalement vulnérable. J'en tiens pour preuve de mon affirmation qu'il prend parfois 10, 20, 30, 50 ans à une « vraie » victime pour enfin parler des faits et des conséquences incommensurables sur elle. Elle aura du traverser l'ignoble déni social, compact et complice, qui entoure la commission de tels actes. Et le plus souvent lorsqu'elle parle, encore et encore aujourd'hui, le déni social sur sa situation se poursuivra. Il y en a plein et plein de ces rabroueurs et bien-pensants qui veulent empêcher les victimes de parler; leurs ancêtres n'étaient autres que les protecteurs des abuseurs d'hier!

La morale enseignée dans les cours de théologie de l'époque de Raymond Gravel ne faisait pas état de la nature sociale particulière de ce crime d'abus sexuel sur les enfants. La spiritualité de Jésus de Nazareth aurait pu pourtant mettre la puce à l'oreille de ces savants : « ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites »; et ce moi évoqué ici n'est rien d'autres que le plus sacré et la plus intime de chacune et de chacun d'entre nous.

M'est avis que seuls ceux qui reconnaissent en eux les pulsions pédophiles peuvent en faire le deuil du passage à l'acte. Les autres sont pédophiles ou doivent être considérés comme des complices aux pédophiles par le déni même qui les habite.

Un jour viendra...

jeudi 7 avril 2011

PÉTITION POUR QUE CESSE L'INCESTE DANS L'HUMANITÉ

APPEL À TOUTE PERSONNE DE BONNE VOLONTÉ.
C'est une pétition positive où les signataires s'engagent en connaissance de cause à ne jamais commettre l'inceste, à protéger tout enfant et à parler du sujet de l'inceste pour qu'il cesse d'être tabou.


PÉTITION POUR FAIRE CESSER L'INCESTE DANS L'HUMANITÉ

À titre de signataire,

je reconnais que l'inceste constitue le crime le plus destructeur que l'on puisse commettre sur la personne d'un enfant. Il s'agit d'un geste qui stoppe la croissance d'un enfant et qui aura des conséquences néfastes sur sa vie entière :troubles de l'identité, dépression, auto-destruction, toxicomanie, pulsions suicidaires, etc..

je comprends que le désir d'inceste n'est jamais le lot d'un enfant, mais le fait d'adultes;

je comprends que le désir d'inceste peut habiter les fantasmes sexuels d'un adulte. Les expressions populaires de désir devant un enfant ou un éventuel partenaire sexuel telles que: « je vais te manger », montrent que ce désir habite l'adulte;

je comprends que l'adulte qui commet un acte incestueux n'a pas fait le deuil de ce désir infantile d'assouvir ses fantasmes sur un enfant. Celui ou celle qui en a fait le deuil, au pire, dira peut-être « je te mangerais », mais jamais ne passera à l'acte ou ne s'en approchera. Car il-elle est conscient de la destruction de l'enfant et de l'adulte en promesse qui serait conséquente à tout geste incestueux.

Pour ma part, à titre de signataire de cette pétition, je choisis de faire le deuil de cette « toute puissance infantile » qui me conduirait à asservir un enfant, le mien comme tout autre;

je fais le deuil de tout désir qui pourrait m'habiter « d'incester » un enfant;

je m'engage à faire tout ce qui m'est possible pour protéger tout enfant de tout geste incestueux et je chercherai à assurer à chacun sa croissance, que cet enfant soit mon descendant ou appartenant à l'espèce humaine dont je suis;

à l'avenir, j'accepterai aussi de parler de ce sujet pour qu'il cesse d'être tabou et que l'inceste disparaisse.


Et j'ai signé, le_______________ :____________________________________________________

mercredi 30 mars 2011

VIOLENCE À L'ÉCOLE - UN CADRE DE RÉFÉRENCE

Si vous étiez menacé physiquement et insulté par votre troisième voisin que feriez-vous?  N'appelleriez-vous pas la police? Dans votre esprit, ne penseriez-vous pas que ce sont des gestes illégaux et que les lois de la société vous protègent? Vos enfants qui ne sont que des enfants ont-ils cette protection? Il semble que non! Pour eux pas de police pour les protéger dans leur école où ils passent 5-6 heures par jour. Je me demande si leur ange gardien leur suffit?

L'école est encore et  toujours un lieu où fleurit le taxage, l'intimidation, le chantage et diverses autres formes de violence, de tentative d'asservissement, d'ostracisme que ce soit pour fifage appréhendé, réussite trop grande, tête ou ventre trop gros ou nez croche.

L'école n'a pas changée depuis l'époque où nous la fréquentions. La société par ses lois et son système de justice  n'y est pas présente et, conséquemment,  nos enfants n'apprennent pas à y vivre; ils doivent survivre en milieu violent. Je crois ceci. Après la prison, l'école demeure l'institution la plus violente de la société. Et, ce qui n'est pas dit, c'est qu'elle est hors la loi. Je veux dire que les lois de la société n'y prévalent pas, et cette société de droit n'y est pas promue. Et personne ne réfléchit à cette question. Je dois détonner, d'ailleurs, en m'exprimant de la sorte!
J'oubliais que la direction d'école est présente et les enseignants. Oh! Et qu'ils font la loi et qu'ils font la police, et qu'ils font justice. Cela ressemble étrangement à la mafia qui fait sa loi, l'applique et sévit en conséquence de ses propres décisions. Ni l'un ni l'autre ne réfère aux lois de la cité, de ma cité, ils ont leur propre loi et leur propre système de justice. Ils sont hors la loi, disais-je!

Je ne connais pas de règles d'école qui se définit explicitement en fonction des lois de la société. Prenez par exemple ce que l'on apprend cette semaine au Québec: il semble que souvent les directions d'école tentent de replacer les victimes de violence dans d'autres écoles parce que toucher aux abuseurs créerait tout un remous dans la population étudiante qui gravite autour de ses caïds; lorsqu'elles ont davantage de courage, on déplacera parfois les abuseurs vers d'autres lieux et on tentera de protéger les victimes; la plupart du temps, semble-t-il on tentera de contrôler les apparences et on sera 'tolérant' dans une bonne mesure; les plus à la mode prétendent à « tolérance zéro » comme le veut le slogan inventé il y a plus d'une vingtaine d'années me racontent mes souvenirs.  Chacun fait justice à sa façon selon les règles qu'il établit et ses humeurs particulières.


Il est vrai que les enfants sont des personnes depuis fort peu et que la société de droit ne leur semble pas accessible puisqu'ils auraient mieux: les règles de l'école, la surveillance de l'école, la justice de l'école, les punitions de l'école. Manifestement ce mieux est aléatoire et équivoque. Qui d'entre vous accepterait de vivre dans une société où ce sont les mêmes qui font les lois, les appliquent, rendent justice, décident des sanctions et entendent les recours. Cela s'appelle une dictature en termes habituels!!!Et, les dictatures entraînent l'asservissement d'une part et la violence d'autre part. Dans une démocratie, le système législatif est distinct du système policier et du système judiciaire. Quand donc l'école montre-t-elle à nos enfants ce fondement démocratique essentiel? Convenons qu'il y a un énorme paradoxe: les enfants sortent de l'école et entrent dans la société sans jamais avoir connu la société de droit. QUAND DONC DEVIENNENT-ILS DES CITOYENS?

Je serai odieux ici en disant que les profs ou membres de directions qui tolèrent la violence et l'intimidation devraient être poursuivis pour complicité avec des criminels et qui, ce qui est aggravant, des criminels à l'endroit d'enfants. Car n'est-il pas davantage connu que la loi de la Protection de la Jeunesse fait obligation à tous de déclarer la violence faite à un enfant! Si je ne suis pas odieux, la situation est tout de même paradoxale.


Vivement que la société de droit fasse son entrée à l'école et que l'école se donne comme mission de former des citoyennes et des citoyens.
L'école a besoin d'un cadre de référence pour son travail d'éducation et ce cadre c'est la société démocratique de droit. Rien de très compliqué lorsqu'on considère les enfants comme des personnes et d'éventuels concitoyens et qu'on se sent soi-même citoyen.
Et alors, parce que je suis un éducateur et que je crois qu'il est du devoir de l'école de faire progresser cette société de droit, je milite pour que dans l'école s'institue une justice qui ne se confine pas à la punition comme celle non-aboutie qui prévaut dans la société actuelle. Je milite pour une justice qui intègre réconciliation et réparation. C'est cette justice qui est éducative des agresseurs et des agressés, c'est cette justice qui, en ne répandant pas l'exclusion des uns et des autres, favorise des rapports de respect.

Et je demande aux intervenants dans l'école de quitter leur ghetto et de se conduire en citoyens de la même cité que la mienne : des citoyens de la société de droit. Je me sentirai alors davantage fier de cette école et croirai que les enfants de ma cité ont la sécurité nécessaire pour grandir et croître.

Jean

mardi 18 janvier 2011

LA TOUTE PUISSANCE INFANTILE

LA TOUTE-PUISSANCE INFANTILE ET LE RÔLE DE PARENT
commentaire d'un survivant à la violence et l'inceste 


On débat parfois de la sévérité parentale insuffisante ou de la permissivité irresponsable. J'en suis, mais, je veux dire ici  ma croyance en la qualité essentielle à mes yeux pour être un parent suffisamment bon: être sur le chemin du deuil de sa propre toute puissance infantile. Autrement, on risque d'abuser l'enfant et d'en abuser. Il n'y a pas de guerre à gagner contre l'enfant. L'éducation est ailleurs.

Je vous dis au départ que j'ai été un enfant abusé par un climat incestueux et très violent.
On reste marqué!

Comprenez que je suis sensible au ''manque de respect '' qui peut imprégner le comportement de certains parents à l'endroit de leurs enfants. C'est là un extrême du spectre des comportements parentaux me dira-t-on et, j'en conviendrai. Mais on ne doit pas en faire abstraction car la mode prêche davantage de sévérité. On s'en prend au comportement de celles et ceux qui s'agenouillent devant leur enfant sans égard pour les comportements à l'autre bout du spectre. J'entends simplement faire valoir que les prétendus parents qui s'agenouillent devant leur enfant souffrent du même problème que ceux qui les frappent et en abusent de multiples façons. Pour moi, les uns et les autres ne diffèrent pas vraiment. Il faudrait bien, me semble-t-il, trouver un autre éclairage, une autre compréhension plutôt que d'osciller, d'une génération à l'autre entre le laisser-faire qui produit les adultes-enfants-rois et l'asservissement autoritaire qui produit les moutons-coupables de tout et de rien. Pourrait cesser, je le souhaite, le mouvement de pendule qui nous fait passer d'une catégorie d'irresponsables à l'autre.

Le premier enjeu n'est peut-être pas celui de trouver ce qu'il faut faire pour bien éduquer les enfants, mais celui, préalable, d'identifier ce qui caractérise un adulte accompli. Ainsi saura-t-on où le parent est appelé à conduire l'oeuvre d'éducation et qui a la capacité de la réaliser. Je suis resté admiratif de ce XVIIe siècle où l'on partageait l'idéal de ''l'honnête homme '' quoique je croie qu'il s'agit là d'un modèle perfectible et je ressens comme avantageuse une cohérence sociale que donnent les valeurs nommées parce que je sais que ça prend tout un village pour éduquer un enfant, comme on le dit au Sénégal.

Voici donc ma proposition tramée et enchainée dans la pensée et l'âme de tant et tant qui vécurent avant moi.

ÊTRE ADULTE

La caractéristique centrale des adultes est d'avoir commencé à faire, et de refaire constamment, le deuil de la toute-puissance infantile. Consciemment, s'entend! Qu'est-ce-à-dire? Un adulte apprend de mieux en mieux qu'il est définitivement limité et que sa condition est relativement semblable à tout autre être humain. Il mêle de moins en moins unicité et condition humaine comme le font les enfants qui se croient éternels et seuls au monde dès qu'ils souffrent ou dès qu'ils jouissent. Il apprend que tout un chacun est limité, souffrant à un moment ou l'autre de sa vie; et il partage avec tous et toutes, l'humanité d'un même destin : celui de vivre quelques brefs moments sur cette planète magnifique et limitée et de mourir à une heure probablement inconnue. Il apprend que la Vie palpite en lui comme une force qui le dépasse et une source qui l'abreuve. Et cela, gracieusement! Il sait de mieux en mieux qu'en cas de besoin, il doit demander de l'aide; et il offre la sienne à autrui. Il apprend qu'il doit guerroyer et se tenir inébranlable sur certains enjeux qui lui sont sacrés; au risque d'obtenir un reflet insupportable dans son miroir du matin. Il sait de mieux en mieux que cette guerre n'est pas domination sur autrui, mais sur lui-même. Il sait son besoin de liens avec autrui – il n'est pas bon que l'''homme'' soit seul - et que, sans vie sociale, il s'amaigrit de l'âme. Il est capable de mentir à l'occasion dans la vie sociale parce que la vie sociale s'entrelarde des traquenards du pouvoir des uns sur les autres. Il sait qu'il y a un incomparable en lui dont il est fier : sa liberté et sa capacité d'autodétermination; mais que cela n'a rien à voir avec la toute-puissance qu'il a déjà désirée. Il a quitté peu à peu l'immédiat et le non négociable pour la perspective du long terme. Il apprend qu'il doit construire avec le temps et que le temps rend en expérience à celui qui s'y soumet. Il choisit peu à peu l'école paradoxale de la perfection en sachant que celle-ci n'est pas de ce monde. Il convient petit à petit qu'il est un passager dans la vie et un passage de la vie dont il peut transformer le cours s'il en a le désir et s'il se soumet aux formes et intelligences de la vie elle-même.

Je me suis souvent exprimé cet accomplissement dans les sept termes que j'ai empruntés au merveilleux poète Robert Bly: être un roi en dignité et estime de moi-même; être un amant passionné et attentionné pour celles et ceux qui m'entourent; être un homme sauvage proche de la source de la Vie en moi; être un homme de douleur et qui l'affronte, lui rentre dedans sans sourciller; être un artisan soumis au travail et à la patience; être un guerrier pour ce qui m'est sacré; être un bon fripon d'occasion et d'opportunité.

Devenir adulte constitue donc une tâche immense et urgente. Et la vie va l'accomplir en nous, avec notre collaboration, parfois malgré elle, nous rabotant les angles inutiles de la toute-puissance qui nous a habité dès la naissance et qu'on n'évince pas sans peine. Ce travail d'humanisation s'accomplit par cycles au cours desquels nous sont présentés et représentés les enjeux de ce deuil. Voilà pourquoi les vieilles personnes sont éminemment utiles dans leur témoignage d'usure du désir de pouvoir sans limites. Et mon temps passé – 69 ans et plus - m'y conduit peu à peu!

ÊTRE ENFANT

La caractéristique centrale des enfants est celle de la toute-puissance.

Le cerveau reptilien, pour utiliser les termes utilisés souvent, a une seule forme de vouloir qu'on peut détailler comme étant celle de l'ici, du maintenant, celle du non négociable, celle du sans condition pour la satisfaction complète et totale de son besoin. Les contingences ne sont pas de son ressort. Exécution...et ça presse! L'univers est le besoin éprouvé et tout l'univers doit chercher à le satisfaire. Il n'y a rien d'autre! Et si autre chose se présente, elle sera asservie à cette fin; à cette faim prioritaire. La toute-puissance envahit tout le champ de conscience de l'enfant et tout le champ environnant est sommé de se soumettre à cette toute-puissance. Cette pulsion est nécessaire à la survie. Le bébé crie éperdument lorsqu'il a faim et seule la tétée de mamelle ou de l'embout de bouteille peut le satisfaire. Il pleurera jusqu'à satisfaction ou, si la satisfaction ne vient pas, il pleurera jusqu'à épuisement complet et mortel de lui-même. La psychologie parle de relation d'objet. La mère n'est en rien sujet pour le poupon. Elle n'a qu'à obtempérer.


ÊTRE PARENT

Le parent doit être non pas parfait, mais suffisamment bon.

La ''mère suffisamment bonne '' est ce terme magnifique et touchant inventé par le pédiatre, psychiatre psychanalyste David Winnicot. Elle fait de son mieux pour satisfaire ce poupon exigeant dont le hurlement est l'arme de survie, un peu comme l'est la soupape de sécurité pour l'autocuiseur. Tenter de ne pas répondre à ces appels furibonds constituerait d'ailleurs un attentat à la vie du poupon, une sorte de crime contre l'humanité. La mère suffisamment bonne n'hésite d'aucune façon et répond. Bébé ne saurait se développer sans une réponse suffisamment adéquate à ses appels. Le bon parent, père ou mère, sait qu'il doit répondre au mieux qu'il peut aux appels de Bébé, comme il sait qu'il ne saurait y répondre parfaitement. Les deux extrêmes étant, tout autant l'un que l'autre, délétères pour l'avenir de cet humain à ses débuts.

L'action du parent suffisamment bon se fait dans un contexte d'amour. Pas un amour dévorant. Un amour fondé sur le respect intégral de la dignité du poupon, du bébé, de l'enfant, de l'adolescent qui, d'indistinct de soi au départ, devient distinct et différent avec son propre Soi. Cet amour se décline en reconnaissance du droit de l'enfant d'avoir des sensations, des émotions, des sentiments qui lui sont propres; de son droit de les exprimer dans une forme et un contexte adaptés à son age et à ses capacités - un contexte pertinent, adéquat au plan social -; de son droit d'obtenir de la part de ses parents un reflet juste qui construit une véritable estime de soi. Qu'est-ce à dire? Un reflet qui célèbre l'erreur comme une occasion opportune d'apprentissage et valorise la prise de risques plutôt que le succès à tout prix. Juste, ici, signifiant fondé dans la réalité de l'enfant et dans la réalité sociale dans laquelle il vit. Oui, au départ, l'enfant a des droits et aucun devoir. Et les parents ont des devoirs et aucun droit sur l'enfant! L'apprentissage des devoirs viendra aux enfants par la suite, au fur et à mesure que se font les deuils de leur toute-puissance!

Voici un exemple de deuil de la toute-puissance et des avantages à ce faire. Poupon a besoin d'avoir maman sous les yeux pour ne pas sentir la peur d'être abandonné. Mais, parce que maman est suffisamment bonne, elle ne peut être toujours sous ce contrôle. Et voilà que Bébé, par la force de la réalité, va être conduit à se faire une image mentale consolatrice de Maman, image qu'il va tester en fermant lui-même les yeux, en s'éloignant dans la pièce voisine et ainsi de plus en plus loin et de plus en plus longuement, sans que la peur ne l'envahisse. Ouf! Son développement neurologique, sa maturité psychologique, intellectuelle, spirituelle est conditionnée par ces deuils répétés de la toute-puissance du contrôle par lequel il croyait, au départ et avec raisons, s'assurer la survie.

Et il en sera ainsi par cycles successifs durant toute l'enfance et l'adolescence, et... Les peurs d'abandon ou d'envahissement seront, par la transaction de l'amour parental suffisamment bon et du reflet juste, peu à peu remplacées par une capacité de prendre soin de soi, de s'estimer à sa juste valeur, de juger la réalité et d'entrer en relation de réciprocité avec autrui de façon adéquate. Voilà ce que la vie donne à celles et ceux qui, engagés dans ce deuil, reçoivent les fruits de la maturité et de la croissance. On comprend qu'à l'orée de la vie adulte, cet humain doit avoir connu quelques deuils...

LE CONTEXTE SOCIAL INFANTILE

Ouvrons une parenthèse ( et ne la fermons pas tout de suite. Le comportement de toute-puissance infantile n'est pas exclusif aux enfants. Disons-le, c'est plus simplement le propre de ceux qui n'en ont pas fait le deuil. Ouvrez le journal et voyez!. Ici le Devoir du 4 janvier titre: La crise a épargné les grands patrons. De quoi s'agit-il? De grands enfants au comportement imbu de toute-puissance qui ont empoché en moyenne 6,6 millions en 2009, soit 155 fois le salaire moyen des travailleurs, alors qu'en 2008, ils en avaient usurpé 7,3 millions. Oh! les pauvres peureux et avides! Et une autre page fait état d'une coupe à blanc forestière comme je le fis, enfant, avec le plan de ciboulette de ma grand-mère. Une autre, évoque les territoires prometteurs de gaz de schiste donnés ou presque par l'État aux exploitants-enfants clinquants et doués de courte vue! Un autre article, du 8 janvier, porte le titre réjouissant au premier regard - Les plus pauvres en première ligne - mais dont le sous-titre nous ramène à la toute-puissance infantile des grands de ce monde : les risques d'envolée des prix alimentaires. J'y vois aussi dans mon journal quotidien le jeu de la toute-puissance infantile des politiciens maquillés par des professionnels, empêtrés dans leur langue de bois mensongère, avides des argents publics pour assurer leur réélection, leur double salaire et leurs bénéfices à vie. J'y vois qu'on cherche à faire vibrer ma toute-puissance infantile par la publicité outrancière pour que j'aie besoin du vêtement new-look et griffé, du gadget électronique, de l'auto flamboyante et qui m'incite à les posséder maintenant, à crédit...au diable demain! À moins que faibles de moyens, ce soient les dollaromas qui satisfassent mon besoin d'objets inutiles, ceux promis aux « ventes de garage » ou aux demains de poubelles. Ou la psychopop qui ne prêche que de l'aujourd'hui, l'ici et le maintenant, sans souci de l'expérience qui s'acquiert par le temps.

Stop! Et avant de fermer la parenthèse à mon humeur un tantinet grognonne, notons qu'il semble parfois que sur notre planète progresse davantage la toute-puissance infantile des grands-enfants-tyrans-et-exploiteurs-de-ressources plutôt que la dignité propre aux humaines et humains de ma race. Mais, la dignité gagnera, je le crois avec ferveur. Fermons cette parenthèse.)

MA THÈSE

Ouvrons donc la vraie parent-thèse, celle de ma thèse pour devenir un suffisamment bon parent.

J'ai décrit quelque peu l'accomplissement adulte. Pour être parent, cet accomplissement doit être sérieusement en cours. Un parent apprendra que tout ce qui n'est pas réglé des enjeux de sa vie sera profondément confronté par les enfants en croissance. Les séquelles de sa toute-puissance infantile seront confrontées jusque dans leurs recoins obscurs! Faut le savoir : la vie de couple vous confrontera dans toutes vos ''bibites'' et votre rôle de parent, vous confrontera encore plus si vous le prenez à coeur. C'est la règle!

Mes avis que l'école devrait enseigner quelque chose sur ces deux sujets d'importance centrale pour l'avenir de toute société!

Alors! Alors?

Les enfants devenus grands qui n'ont pas fait le deuil de leur toute-puissance, enfants d'une société où la toute-puissance préside presque mur à mur, se retrouvent un jour en désir de parentage. Wow! Se reproduire! Créer avec son sexe! Bander si fort que naissent des enfants! Wow! Wow! Et c'est permis! Pas de permis pour générer. Non. Un droit absolu ou presque et imbu de toute-puissance pour quiconque n'y prend garde. Se reproduire, wow! À moi la gloire! Et les enfants, devenus grands, entrent dans ce rôle de parents aux culottes trop grandes pour eux. Ils n'ont peut-être pas commencé à faire le deuil essentiel de leur toute-puissance!

Alors, ils et elles seront aveuglés devant ces poupons, ces bambins, ces enfants, ces ados! Si beaux, vus comme des images d'eux-mêmes! Enfants, parfois générés pour avoir un être à soi qui vous aime inconditionnellement, ou un être qu'on peut dominer sans limites. Enfants, projets de perfection dont les parents ne sont pas capables. Si attachés, si attachants, pour tout, en tout. Objets d'amour dévorant sans défense et qui ne seront pas alors sujets! Si fins, si intelligents, les plus des plus, les meilleurs. Adulés, comme des icônes. Qui décident de tout! En tout. Parfois, projections de la séduction qu'on voudrait avoir ou qu'on craint de perdre : fillettes endimanchées en poupounes dès l'âge de marcher; ou, avant leur puberté, habillées avec les attributs les plus éclatants aux yeux du mâle prédateur : seins au balcon, talons hauts, maquillage d'arc-en-ciel, nombril à l'air, craque des fesses à faire voir, etc. Ou bambin apprenant le jiujitsu à 18 mois. Oh ces enfants précoces : premiers pour l'autonomie pour faire seul leurs rôties, pour porter leurs clés au cou, pour regarder les petits bonhommes à la télé, pour jouer seuls au nintendo! Et ces autres fillettes: les meilleures au patinage de fantaisie qui font des grimaces aux compétitrices et des singeries aux juges. Ces mignons enfants petits pee-pee wee-wee les plus combatifs au hockey et qui répondent aux gérants d'estrade hurlants et en mal de sang. Ou pestes de consommateurs enfantins qui, poupons furent habillés exclusivement de vêtements griffés et les réclament à vie! Les plus gavés d'amour-mour au sucre candi de pepsi, les plus obèses, les plus dépressifs, les plus suicidaires, les plus jeunes suicidaires. Pornographes audacieux devant leur ordi à l'oeil de cyclope! Consommateurs d'alcool, de drogues multiples dans des raves du tonnerre! Organisateurs autonomes de party d'héroïne pour les finissants de secondaire 5! Des gagneurs, ouf! Des perdus! Des battants, ouf! Des épaves hagardes! Des adorés de parents agenouillés qui ont tout donné et tout enlevé du chemin de l'enfance vers la vie adulte.

Ou encore! Exécrés comme offenses dès leur conception. Assaillis peut-être d'intentions de débarras en cours de leur gestation. Non reconnus à l'arrivée! Ayant le mauvais sexe! Frappés au berceau parce qu'ils pleurent et dérangent le sommeil des parents. Déboîtés des épaules, sans qu'on sache pourquoi!. ''Comme'' se fabriquant eux-mêmes des ecchymoses, pensez-vous? Imbéciles et tombant dans les escaliers avant de savoir marcher; ça alors! Sujets de mort subite, ''coudonc''! ''Portant des traces de fouet, de bâton, de courroie, de tisonnier, de bagues, de griffures ou de morsures '' comme je le lis sur un article à l'intention des pédiatres (Syndrome de Silverman); enfants maquillés de mensonges et interdits de parole. Traités comme moins que bêtes en privé et faire-valoir pour ces faux bons parents publics qui se dévouent sans recevoir de gratitude. Ou encore, objets de hargne autoritaire et violente pour qu'ils ne fassent pas honte à leurs parents. Ou encore utilisé comme objets sexuels durant des lustres. Dressés comme singes de foire à dire, à se taire, à faire, à paraître, à se tenir droit, à ne pas se salir, à ne rien toucher pour ne pas rien briser. Bien élevés à tout manger dans son assiette, à aller se coucher sans manger pour des riens. Poubelles vivantes dressées à recevoir le mépris constant et diarrhéique des paroles qui tuent l'âme : « idiot », « nul », « qu'est-ce que tu vaux? », « tu ressembles à ta mère », « pas encore toi », « tu changeras ben jamais », « espèce de con », « qu'est-ce que j'ai fait au bon dieu pour t'avoir », « non, mais pour qui que tu prends? »...Ou enfant menacé de sévices, de se faire arracher la tête, de se faire couper les bras ou les jambes, voire de se faire tuer. Enfant, sujet du droit public, mais subissant en privé les coups qui défoulent son parent-enfant des frustrations du jour ou de celles occasionnées par le conjoint ou de celles toujours vivantes de l'enfance de ce tout-puissant cassé et méprisé.

Parent-enfant affirmant sa toute-puissance infantile perverse sur son propre enfant. Oui, cela aussi!

BREF

Voilà mon dit!

Et, partagez mon souhait, je vous prie : celui d'une meilleure éducation à l'école secondaire pour former des adultes qui s'accomplissent : citoyens responsables, capables d'une vie de couple, sur le chemin du deuil de la toute-puissance infantile afin de devenir des parents suffisamment bons pour les enfants de ma race. Humaine!

...et je pense à vous amies, amis, survivants de l'inceste, de l'abus sexuel et de la violence. Je vous souhaite le meilleur

Jean


jeudi 9 décembre 2010

LES CHANGEMENTS DANS LA PERCEPTION DES CRIMES DE L'INCESTE ET DE L'ABUS SEXUEL

J'ÉCRIS ICI AU LECTEUR OCCASIONNEL QUI VIENT FAIRE UNE VISITE À MON CARNET. IL VEUT PEUT-ÊTRE SAVOIR DE QUOI CELA RETOURNE UN CARNET D'ÉCORCHÉ DE L'INCESTE ET DE LA VIOLENCE.
PAR EXPÉRIENCE, JE CROIS QU'IL A BESOIN D'UNE MISE EN CONTEXTE. JE DEVRAIS DIRE DE PLUSIEURS MISES EN CONTEXTE. QUOIQUE CELLE-CI SOIT RESTREINTE ET PORTE SUR DES QUESTIONS RELATIVES À LA SOCIÉTÉ DE DROIT ET À L'ÉVOLUTION DES PERCEPTIONS DES CRIMES D'INCESTE, D'ABUS SEXUEL, DE VIOLENCE, ELLE POURRAIT L'AIDER DANS SA COMPRÉHENSION.


Permets-toi d'imaginer que tu subis une agression criminelle - tentative de meurtre; torture ou séquestration physique; ''hit and run'' qui te laisse des handicaps indélébiles; écrasement de ta toiture mal construite par ton entrepreneur qui te prive d'un bras et d'une jambe; à ton choix (quoique ici, comprends moi bien, je ne te veuille, certes, aucun mal ) - tu pourras, je peux te l'assurer, compter sur les institutions protectrices de la société. La police et les pompiers viendront à ton secours, les services hospitaliers seront à ton service, tu auras droit à des soins psychologiques post-traumatiques, on arrêtera ton agresseur, on le traduira en justice, tu auras droit à plusieurs lignes de nouvelles dans les divers médias, tes voisins viendront te voir pour sympathiser, tes amis accourront pour t'aider, tu pourrais même partir une fondation si les sévices que tu as subis ont un poids « marketing » qui suscite un surplus important de sympathie. Mais, sois assuré, d'une façon ou d'une autre, tu recevras pour ces crimes dénoncés par la loi tout le support et la sympathie des membres de notre société et la mienne certainement. Et je suis ravi qu'il en soit ainsi. Je suis ravi de vivre dans une société de droit. Je peux t'assurer aussi que ce capital de sympathie sera si universel que tu ne sentiras en rien les quelques dissidences qui pourraient exister, s'il en existait dans notre société. Tu ne rencontreras probablement personne qui insinuera ou te dira explicitement de te taire plutôt que de te plaindre, personne qui s'en lavera les mains en te disant que c'est la vie et qu'on n'y peut rien, personne qui manifestera de l'impatience à ton récit des sévices subis et qui sonnera l'heure de passer à autre sujet. Non, je peux même te dire que tu ne rencontreras probablement personne qui t'incitera à garder l'anonymat sur ton expérience et qui valorisera l'attitude du silence.
Il en est ainsi parce que dans notre société de droit, comme dans celles qui veulent le devenir, dénoncer l'injustice criminelle commise par des pairs constitue une contribution essentielle au maintien et au progrès de cette société. Celui ou celle qui garderait le silence ou chercherait à faire taire la dénonciation d'un crime contre la personne, comme ces crimes que j'ai nommés, serait perçu comme asocial et serait classer rapidement dans le groupe de ceux qui menacent le maintien des liens sociaux. Il serait traité éventuellement comme un criminel potentiel. Oui, convenons-en, le législatif, l'exécutif et le judiciaire sont ces merveilleuses institutions qui ont développé un système de droits, lesquels ont permis peu à peu l'établissement du lien de confiance nécessaire pour vivre ensemble. Sans droit, sans police, sans justice, les autres constitueraient une menace insupportable à sa propre existence. Le droit est le ciment de la société et oeuvrer à faire progresser la justice constitue une contribution au développement de la société et de la civilisation humaine.

Mais tous les crimes que le droit dénonce ne reçoivent pas le même niveau d'aversion-réprobation de la part du public. Et ce niveau d'aversion-réprobation varie d'une société à l'autre et d'une époque à l'autre.
Ainsi, les crimes contre la personne ne sont pas perçus de la même façon que les crimes économiques. Certains crimes économiques, comme ceux de Robin des Bois, ont pu recevoir, à l'occasion, l'admiration de la part du public même si la loi les réprouvait. Ceux qui s'enrichissent "rusément" ont pu être perçus comme "intelligents". Mais on sent bien qu'Angéla Merkl, comme un grand nombre d'européens, ne décolèreront pas devant les 300 millions de dollars empochés par Golden Sachs qui a permis de maquiller la déconfiture des finances de la Grèce et de d'autres pays de l'UE: Espagne, Portugal, etc.. L'époque de mondialisation a permis l'émergence de voleurs mondiaux, mais on voit mieux que ces voleurs font du tort à tous. Du tort grave. Si grave que notre envie de leur enrichissement ne parvient pas à obnubiler le tort occasionné à tous. Une vision plus globale émerge où justice sera réclamée pour les crimes économiques, écologiques....etc. La gravité de ces crimes et leur réprobation est en augmentation et continuera de l'être.

Mais, je reviens aux crimes contre les personnes et je réaffirme ici que tous les crimes contre la personne ne reçoivent pas le même genre de réprobation et les blessés de ces crimes ne reçoivent pas tous le même niveau de sympathie de la part du public. Tu as été plutôt chanceux dans les exemples de crimes dont je t'ai fait virtuellement victime pour aider à ta compréhension. C'étaient des crimes qui attirent l'aversion et la sympathie universelles, des crimes dont la reconnaissance est bien implantée depuis les enseignements anciens qui formulaient l'injonction de ne pas tuer son voisin. Ils sont donc au « top »ou presque. Mais, d'autres crimes qui sont peut-être aussi graves, plus graves même ont une moins longue histoire, et comme ils sont devenus réprouvés par la loi plus récemment, le public, dont la moralité n'est peut-être pas encore à ce niveau, n'offre encore aux victimes que peu ou pas de sympathie. Ce sont des crimes contre la personne qui ont été inventés ou plus justement inventoriés au vingtième siècle, il s'agit des crimes de guerre et des crimes sexuels, du moins sont-ce ceux là qui me fascinent et m'interpellent.

(Je fais ici un autre aparté que je mets entre parenthèses. Excuse, je te prie, mon imaginaire qui aime brasser le réel dans un large spectre et que je peine à endiguer. Certes, j'ai parlé de certains crimes dont les victimes sont au ''top'' de la sympathie publique, mais il est certain que si tu es plus simplement victime, disons d'un séisme, comme celui d'Haïti, que tu es un enfant qui n'a plus qu'un bras, que tu as de plus perdu tes parents au cours du tremblement de terre alors, la sympathie sera telle qu'on voudra te « rapter », pour te sauver de ton pays et tu pourras sans peine être adopté dans un autre pays mieux nanti, peut-être même seras-tu vendu à gros prix. Tu auras alors suscité une sympathie maximale que tu n'aurais certes pas si le bras qui te manque, toi un noir, tu l'avais perdu à l'occasion d'un crime crapuleux à l'encontre de ta famille et au cours duquel tes deux parents auraient été liquidés. Le criminel entache toujours un peu sa victime de son aura particulier et tu générerais un capital de sympathie moindre que le haïtien de souche. Les « Acts of God » provoquent une cote de sympathie de niveau plus élevé que les crimes humains pour un même résultat sur la victime. Les perçus puissants de l'univers, y compris le « dieu top » créé par les puissants de la planète, sont toujours davantage et plus facilement excusés que les plus faibles. J'y reviendrai: Dieu m'apparaissant, maintenant que je vieillis, se situer davantage parmi les plus faibles.)

LES NOUVEAUX CRIMES DU XXE SIÈCLE:
LES CRIMES DE GUERRE

Je reviens aux crimes d'invention ou d'identification plus récente: ceux sexuels et ceux de guerre. Oui, les crimes de guerre sont récents. Pendant longtemps, en occident notamment, la morale catholique a justifié les états nationaux qui faisaient la guerre, si telle guerre était "juste", ajoutaient ces censeurs universels. On voit la distinction, de raison raisonnante, entre "juste" et "injuste", n'est-ce-pas! Cette église qui avait inventé l'Inquisition et les Croisades pour ces propres fins de pouvoir dans les choses humaines ne pouvait pas ne pas autoriser les états à tuer ....pour une cause "juste", certes!!!. Elle l'avait fait elle-même. Dès lors la guerre, ne fut pas un crime pendant belle lurette.
Mais, à la fin du 19e siècle, les moyens de tuer efficacement ayant augmenter de façon exponentielle, certains humanistes commencèrent à vouloir protéger les simples civils des "dégâts collatéraux" que causent ces guerres. Un première convention de Genève est signée en 1894 sous l'instigation de Dunant, le même qui fonda la Croix Rouge. Mais, malgré cette convention, la guerre de 1914-1918 ne fut pas sans "dommages collatéraux" sur les civils. On parle de 10 millions de morts et de 20 millions d'invalides pour cette première guerre mondiale. Un cumul de souffrances ''unbelievable''. (Le mot ''olympique'' ferait peut-être l'affaire ici. Excuse-moi du qualificatif provenant de l'air du temps!).

La convention de Genève fut donc révisée et précisée et renforcée et signée à nouveau après cette expérience désastreuse. Les "nations civilisées" donnèrent naissance à la Société des Nations pour concrétiser leurs souhaits, leurs voeux, pourrait-on dire, de faire prédominer la diplomatie aux guerres que les populations trouvaient, ma foi, de plus en plus injustes. Mais les populations en décident bien peu. Et les chefs d'états réussirent à convaincre leurs populations qu'on avait mené de justes guerres et, par de multiples entourloupettes, la mémoire des horreurs fut ravalée. Et puis, les générations se succédèrent dans une nouvelle culture plus individualiste et tournée vers l'immédiateté du plaisir consommable. Oui, la mémoire des horreurs a tendance à s'oublier et fut oubliée ou presque en un peu plus de vingt-ans.
On se retrouve donc, peu de temps après, dans une toute nouvelle guerre mondiale, un peu plus longue, un peu plus destructrice, un peu plus barbare, un peu plus mondiale soit celle qui eut cours entre 1939 et 1945. Et, à la fin de ce nouvel hécatombe, on pouvait compter (cela a pris quand même un peu de temps pour compter jusque là) 62 millions de morts...environ...et des invalides...non dénombrés. On peut se rappeler qu'au cours de ce conflit mondial, les populations civiles ont été plus nombreuses en dénombrement (sic) que les populations de soldats (être membre des forces armées était alors moins risqué); que cette guerre avait fait plus de victimes que l'ensemble de toutes les guerres, de toutes les époques antérieures, depuis le début de l'humanité. On peut ajouter aussi que les horreurs guerrières furent "innombreuses" et partagées assez équitablement entre les camps des belligérants. Mais, le vainqueur a toujours les moyens de se refaire une réputation et, à la fin du conflit ou après le conflit principal, (je ne sais comment dire) on tuera, par milliers, les criminels survivants du camp adverse. Cela fait du bien au peuple et dérive l'attention qu'il pourrait porter sur ses propres dirigeants. Il était pourtant vainqueur le vainqueur et avait du déverser un poids total de bombes plus imposant que ses opposants pour vaincre définitivement. Mais... Le vainqueur, non criminel, lui, prétendait-il, a institué le procès de Nuremberg pour montrer l'inqualifiable cruauté des nazis. Et c'était inqualifiable; difficile de ne pas en convenir! Les juifs qui avaient été les sujets d'un projet de génocide particulier et payé un tribut de 5 à 6 millions des leurs n'ont pas quitté l'avant-scène et ont tenté de maintenir la mémoire du crime contre l'humanité. Pour ma part, je dis merci pour cet effort de constituer une mémoire de certains crimes de guerre car telle mémoire porte le germe de la fin de la guerre dans l'histoire humaine. Je crois en la capacité humaine de constituer de l'expérience au delà des apparences d'oubli. J'apprécie les Wiesenthal et les Klarsfeld de ce monde qui crient à la justice et en trouve les nouveaux moyens.
Mais...
Depuis 1945, le génocide s'est popularisé dans les états tyrans et de nombreux génocides ont été perpétrés. Il y en a en cours, au jour d'aujourd'hui. Des guerres plus nombreuses que jamais ont été menées. Des guerres par des états tyrans, des guerres par des états dits démocratiques.
À travers ce magma de bêtises, deux ou trois phénomènes nouveaux, signifiant pour moi l'émergence d'une conscience élargie dans l'humanité, m'apparaissent particulièrement significatifs.
Le premier phénomène est l'apparition d'une justice internationale et d'un tribunal pénal international. Le début à Nuremberg. ( C'est la nature du paradoxe de montrer le constant mélange des ingrédients: le mieux naissant souvent du moins bien!). Et ce tribunal international a été actif récemment pour les criminels de l'ex-Yougoslavie et pour ceux du Rwanda. Des tribunaux semblables ont été mis en place au Cambodge dernièrement. La Commission Vérité et réconciliation en Afrique du sud, les Gacaca au Rwanda ont été aussi des mécanismes de justice pour juger de génocides et des crimes guerriers. Les russes même reconnaissent les horreurs du génocide stalinien avec quelques dix millions de mort.
Le second phénomène est l'émergence d'une nouvelle capacité chez de larges pans de population, dans de très nombreux pays, de descendre dans la rue pour s'opposer à la guerre, à la guerre en Irak, particulièrement. Tu te souviendras de février 2004 où des millions de citoyens de la planète, en Europe, en Amérique notamment, sont descendus ensemble dans la rue, représentant dans leur communauté des opinions majoritaires de 70 à 80% à l'encontre de cette guerre en Irak. Oh! Certes, les politiciens ne veulent pas abandonner leur privilège de faire la guerre, la guerre "juste", et ils ont, malgré leur population, mené la guerre en Irak et ailleurs. Mais, l'opposition populaire à toute forme de guerre a connu, alors, une visibilité sans précédent. Et cela se poursuivait, il y a quelques mois à peine, par l'examen forcé des décisions de Tony Blair, premier ministre ayant décidé, peut-être à l'encontre des lois de son pays, de plonger la Grande-Bretagne dans cette guerre contre l'Irak. L'humanité semble retrouver de la mémoire « RAM ».
Et enfin, autre phénomène récent dans ces états démocratiques et guerriers, une nouvelle demande pointe de la part des soldats éclopés qui ne se contentent plus de médailles d'honneur, de symboles de bravoure, de monuments au soldat inconnu et de pensions à vie qu'on leur offre à grand tour de bras, voire qui rejettent ces symboles propres à endormir la mémoire des crimes. Ils demandent plutôt des soins post-traumatiques et la reconnaissance que leur conscience intime a été blessée par une situation inimaginable d'horreurs humaines. Ces soldats victimes se voient de plus en plus souvent comme des blessés par des actes criminels, actes par lesquels on a cherché à les conditionner à tuer leurs semblables humains sans arrière-pensée, actes criminels des autorités politiques de leurs propres pays qui décident de faire la guerre. Valse avec Bachir (http://mindfood.no-distance.net/rails/public/pictures/1018.jpg) est un exemple, - en film d'animation qui peut nous apparaître plus vrai et plus cru que la réalité - de cette nouvelle contestation et de la scission qui s'installe entre les chefs d'états et leurs soldats. Je note que cette scission s'ajoute à la scission entre les chefs d'état et leur population. La guerre se criminalise pas à pas; vive la Vie!
Je veux ici mettre en évidence que les nouvelles émergences morales contre la guerre sont le fait des victimes. Elles se battent contre des machinations puissantes disposant de ressources et de moyens presque illimités. Je dis presque parce que le pouvoir des chefs, - qu'ils soient démocratiques ou tyrans ne semble faire encore que des différences mineures! - ce pouvoir des chefs donc est plutôt disposé à tout détruire pour faire prévaloir leur position prédominante. Si les chefs veulent la guerre, ils la feront prévaloir dussent-ils saigner les leurs. Les chefs d'état dont on attendrait qu'ils fussent de bons pères pour leur population, qui le prétendent assurément, sont plus souvent qu'autrement des « abuseurs ». Et ils sont supportés par un très grand nombre de leurs concitoyens même quand ils sont des tyrans. Le spectacle du Chili sous Pinochet, ou celui du Zimbabwe devant l'indécrottable Mugabé le montre d'abondance. Hitler n'est qu'un cas plus patent parmi une multitude de cas semblables. Suivi avec beaucoup d'unanimité par tout un peuple. Une des armes puissantes que les chefs d'états utilisent pour mater toute résistance est celle de la culpabilisation de leurs victimes qui ne doivent pas mordre la main qui les nourrit...main qui est leur survie et leur vie: le pays, la nation. C'est l'injonction commune "Honore ton père et ta mère" et celles sous-jacentes évidentes pour tous "Honore ton chef, surtout ton chef d'état; Honore ton pays et ta nation" qui sont en arrière-plan et bien imbriquées dans la conscience intime de tous les citoyens! Et, dans la grande majorité des sociétés humaines y compris les USA et le Canada, quiconque conteste le chef de l'état guerrier ou le fait que sa nation soit en guerre, est nécessairement perçu comme injustifié par une très grande majorité. On croira que cet agresseur de la nation a perdu la tête, qu'il est fou certainement; c'est une personne qui manque de respect à l'égard de tous, de son pays, de sa patrie, laquelle lui a tout donné. Sa révolte est irrecevable. La majorité aime le statu quo par dessus tout. Dans plusieurs sociétés un peu moins démocratique que la nôtre, cet agresseur risque la prison pour crime contre l'État, la nation, la patrie.
Alors, je le dis même si j'encours quelques risques pour ma réputation, notre pays, le Canada est en guerre "injuste et injustifiée" comme le sont les USA, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, etc.. Un « et coetera » que je suis incapable de dénombrer. Et, maintenant que le pays est en guerre, on s'en plaint fort peu dans l'opinion publique. Au contraire, on se trouve héroïques de sacrifier nos jeunes hommes et nos jeunes femmes à de si nobles causes. Ce sont des braves. Et vive l'ADQ qui a proposé récemment de rebaptiser l'autoroute Henri IV près de Val-Cartier en autoroute de la Bravoure!
Pour ma part, je suis admiratif de ces quelques phénomènes moraux émergents par lesquels des citoyens s'opposent à la guerre et la font advenir au rang de crime à réprouver. Je souhaite une société mondiale fondée sur le droit dont la guerre est exclue au titre de crime contre la personne, de crime contre les personnes, de crime contre l'humanité.

LES NOUVEAUX CRIMES SEXUELS
Parmi les nouveaux crimes contre la personne, inventés (!!) ou plutôt inventoriés au siècle dernier, se retrouvent également les crimes sexuels. Ils ont une parenté avec les crimes de guerre par plusieurs biais, mais au premier titre, quantitatif celui-là, par leur augmentation sans précédent depuis qu'on les a identifié et ils progressent à un rythme extrêmement rapide. Et ils ont aussi des liens de parenté qualitatifs et plus profonds avec les crimes de guerre. Les guerres ont traditionnellement été menées et nourries pour et par la rapine des vivres et des ressources et tout aussi bien pour et par l'esclavage et le viol des femmes et des enfants à la satisfaction des divers plaisirs sexuels des soldats et de leurs chefs. Des guerres sans viol, des guerres sans abus sexuels sur les femmes et les enfants, cela n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Qu'il se lève celui qui peut en nommer une!
L'église qui a cautionné les guerres "justes" n'a jamais pour autant dénoncé les crimes sexuels dont elles se nourrissent toutes et chacune. Elle commence à peine à réprimer les crimes sexuels dont ses représentants furent constamment coupables auprès des femmes et des enfants. Récemment encore des concitoyens étaient devant le collège Notre-Dame avec leurs pancartes, un collège situé devant l'Oratoire du nouveau Saint Frère André, un coreligionnaire des Frères de Sainte-Croix parmi lesquels on compte de nombreux « abuseurs » de générations de petits gars qui fréquentèrent cette institution de renom au Québec.
Dans une perspective historique plus large encore, je remarque que les commandements de Dieu défendent à l'homme de désirer la femme de son voisin et de forniquer avec elle, mais qu'ils n'effleurent en rien les propres enfants de cet homme, ni ne conditionnent le désir de fornication de cet homme par le libre consentement de la personne visée par ce rapport sexuel. Les commandements de Dieu, par leur abstention, ouvrent grande la porte à l'inceste et à l'abus sexuel. Je suis incapable, malgré ma recherche, de trouver dans la Bible une trace d'un possible abus sexuel de la part d'un père ou d'une mère sur son enfant. Oui, le crime semble récent.
Comprenons que c'est hier, dans les sociétés occidentales, que les femmes et les enfants ont acquis des ''droits de cité'' comme personne. Au cours du vingtième siècle qui suit l'époque de Jésus, quoi!. Ces droits ne sont pas encore centenaires et ne sont en rien universels sur notre planète. Et on doit comprendre que l'affirmation des droits vient toujours avant leur reconnaissance universelle dans les sociétés concernées et bien, bien avant que les membres de ces sociétés éprouvent une sympathie automatique pour les victimes de ces crimes. C'est le cas dans notre société. Ici, je me permets deux citations pour aider à dater ces nouveaux droits des femmes et des enfants.
Droits des femmes:
« Les Nations unies ont célébré, le 13 octobre 2004, le 25e anniversaire de la Convention sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). 25 ans après l’adoption d’un texte que l’on considère comme une véritable charte des droits de la femme, cet anniversaire a été l’occasion de mesurer les progrès réalisés vers la reconnaissance et la mise en œuvre des droits de la femme dans le monde. (http://www.aidh.org/Femme/HP_DdF.htm)
Droit des enfants: (cf:http://www.droitsenfant.com/histoire.htm)
Le mot enfant nous vient du latin "infans" qui signifie : "celui qui ne parle pas." On voit déjà fidèlement se refléter dans cette origine du mot une conception bien particulière de l'enfant : "soit sage et tais toi !"
Ainsi les pères gaulois, avaient droit de vie et de mort sur les enfants.
Les lois romaines autorisaient les hommes à accepter ou refuser un enfant à sa naissance.
Ce sont les philosophes du XVIIIe siècle qui fondèrent notre réflexion actuelle de l'éducation et l'épanouissement de chacun.
....
... la convention internationale des droits de l'enfant voit enfin le jour le 20 novembre 1989 !
À ce jour 192 pays ont ratifié cette Convention les obligeant ainsi à mettre leurs lois en conformité avec ce texte. C'est la convention la plus ratifiée de toute l'histoire. Il est intéressant de noter que les États Unis ne l'avaient pas signée car elle interdit la peine de mort pour les mineurs. Les États Unis ont aboli la peine de mort pour les mineurs en janvier 2005 mais, à ce jour, n'ont toujours pas ratifié la convention. » (d'après "Le grand livre des droits de l'enfant" de Alain SERRES - Editions Rue du Monde)
... et je reviens aux crimes sexuels...
L'abus sexuel des femmes est encore affaires quotidiennes dans nos sociétés et on peut constater que la pornographie notamment est une industrie florissante. Notre société compte parmi les sociétés où, périodiquement, se manifeste le projet de légaliser la prostitution! Le fantasme sexuel de blesser la partenaire, de l'asservir semble encore assez courant sur les sites pornographiques. Le cas du lieutenant-colonel Williams est fascinant qui allie soldat haut-haut gradé et crimes sexuels d'asservissement jusqu'au meurtre. Il est tout récent que les victimes de viol - des femmes dans une très, très grande proportion comme nous le savons tous - reçoivent de la part de la police et de l'appareil judiciaire la considération qui leur est due. Du moins, veux-je le croire|! (La victime est demeurée fort entachée par le fait que le crime commis soit plus récent dans son identification et par le fait qu'elle soit toujours perçue comme faible dans la société.) Les abus sexuels sur les femmes sont de mieux en mieux criminalisés et les victimes reçoivent de plus en plus la sympathie du public...mais...mais, il reste un grand bout de chemin à faire... nommément pour ces femmes sous voiles qui sont récemment apparues dans nos sociétés et qui peuvent être tuées par des membres virils de leur propre famille si elles ne sont pas sages. Et ailleurs dans le monde, les femmes sont encore excisées en grand nombre et majoritairement asservies sexuellement. Oui, il y a probablement plus de femmes asservies sexuellement sur notre planète que de femmes qui peuvent disposer librement de leur vie sexuelle. Cela pourrait nous inciter à réfléchir, ma foi!
La pédophilie pour sa part reçoit toujours suffisamment d'engouement pour qu'elle occupe une place de choix dans la pornographie sur le web et que ce crime soit en progression partout, surtout comme activité touristique. Mais, si la pédophilie est en progression comme s'il s'agissait d'un crime doux et tendre, surtout quand il est perpétré dans un pays de vacances ou encore qu'il n'est que virtuel dans des images pornographiques, les pédophiles avérés sont maintenant, par contre, fortement dénoncés dans notre société. Comme s'il y avait une pédophilie douce et quotidienne acceptable et des pédophiles avérés, dégueulasses. Le jeunisme général de notre société, l'"abhorration" des poils adultes sur les corps des hommes et des femmes qui, s'ils souhaitent être désirés ou désirables, doivent se dépiler au laser, le bikini, et tout le nid, et l'aisselle, et l'aine, et l'anus, et l'orteil pour avoir une vie sexuelle propre et "normale", tout cela manifeste bien la tendance générale qui veut que l'éphèbe et la pré-pubère soient des icones sexuelles supérieures. Des icones propres aux pédophiles, quoi! Pas surprenant que même des évêques soient pris au jeu comme, dernièrement, celui, acadien, collectionneur de pornographie infantile et juvénile. Mais, la société trouvent dégueulasse les pédophiles avérés et pervers que les parents d'enfants dénoncent, forçant ainsi la justice hésitante à l'endroit des pédophiles libérés au sixième de leur peine à identifier plus facilement leur lieu de résidence. Et ces parents sont, en cela, les fers de lance pour faire avancer la répudiation de ces crimes et l'augmentation du capital de sympathie pour les victimes. On devient de plus en plus atterré d'imaginer ces prédateurs mangeurs d'enfants sans défense, consommateur de chair fraîche, comme on le dit populairement et machistement. Nous progressons devant ces "nouveaux" crimes qui ont toujours existé.

...et le crime en reste, celui de l'inceste

Oui, l'inceste est en reste, loin, à la toute queue des nouveaux crimes sexuels.
Il est un crime bien récent. Il ne fait pas l'unanimité en occident. Un commentateur de l'Express de Toronto
(http://www.lexpress.to/archives/3815/ ) se demandait récemment (mai 2009) si on doit légaliser l'inceste...plutôt que de le criminaliser. L'inceste trouve même des promoteurs sur le web qui en vantent le naturel et les divers bienfaits sur la croissance (http://science-univers.qc.ca/sexualite/52-inceste.html). La France, où l'inceste n'est pas clairement défini comme crime, ainsi qu'il l'est au Canada où il est passible de 14 ans de prison, a débattu un projet de législation dans les derniers mois.
(http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/01/27/01016-20090127ARTFIG00595-deux-millions-de-francais-victimes-de-l-inceste-.php)
Ajoutons, que l'inceste traditionnellement réprimé par les lois est celui de l'union par mariage de deux membres d'une même famille. Les définitions qui notent l'abus de l'autorité parentale sur la personne d'un enfant en vue d'obtenir des avantages sexuels constitue une définition très récente. L'inceste a plutôt été jusqu'à tout récemment soit le privilège des pharaons, des rois et des reines, soit un danger pour la pureté de la race, soit une tendance perverse des enfants à l'endroit de leurs parents ou proches. Freud n'a pas manqué à l'examen de ce projet infantile, source de dévoiements futurs.
Mais..
La haute fréquence de la commission de l'inceste est sans doute une des causes de son manque de criminalisation et d'antipathie de la part du public. Les études par sondage d'AIVI en France parlent de 3%, mais on soupçonne que, dans la réalité, une personne sur dix, soit 10% ( certains parlent de taux pouvant aller jusqu'à 50%) a connu l'inceste. Il est plus facile de connaître ce taux, cela va de soi, que le nombre de personnes qui font connaître l'inceste aux enfants, mais celui-ci est probablement plus élevé que ce que les victimes en disent. Ils ne s'en vantent quand même pas, ces criminels communs! Certes, le taux doit être encore très élevé dans notre société. Et je me souviens des dénonciations de Foglia qui affirmait que dans les villages isolés dont est fait le Québec, la pratique de l'inceste est chose courante. Plus élevé que pour le meurtre ou le "hit and run', voire les deux réunis'!!! Probablement? Voire sûrement!
Oui, pour qu'un crime soit bien installé comme crime, et réprimé, et que les victimes suscitent la sympathie du public, cela lui prend du temps! Et il faut que la grande majorité du public en ait quitté définitivement la pratique.
Au plan de leurs logiques propres, les crimes sexuels sont le fait de prédateurs bien près de nous, presque de prédateurs en nous. Les machistes ne sont pas systématiquement répudiés, ils sont parmi nous comme des gens normaux, ils sont en nous comme une part de notre identité. Comment les réprouver sans être en cause.

Et l'inceste est en reste de cette progression de criminalisation et de sympathie. Éminemment en reste. C'est un crime de famille. Et quand il est dénoncé, (presque nécessairement et inévitablement et inexorablement par des victimes devenues adultes) les gens ne s'identifient pas à la victime d'autrefois-enfant-sans-défense-et-abusé-qui-est-devenu-adulte-et-qui-a-reconquis-sa-vie, ils s'identifient plutôt à leurs propres parents, lesquels sont nécessairement des "bons parents" dont on ne doit pas dire du mal, si non ils ne seraient pas eux-mêmes de "bonnes personnes". Le discours intérieur va à peu près comme suit: ''mais les parents font ce qu'ils peuvent, quoi! Soi-même on sait comment c'est difficile d'être un bon parent. Et si tu veux être un vrai adulte, il faut que tu aies pardonner à tes parents qui voulaient ton bien, même s'ils ont été un peu violents; une tape de temps en temps, cela fait du bien; les parents ne peuvent pas être parfaits; et puis dans le temps on était plus sévères; faut comprendre!! Alors, digère ton enfance, fais-toi soigner, deviens un vrai adulte!''

Le ''HONORE TON PÈRE ET TA MÈRE'' constitue une injonction complètement « internalisée » dans les populations actuelles, une injonction si forte qu'on croirait qu'elle est une des constituantes de l'identité sans laquelle chacun se désagrège. Celui qui n'honore pas son père et sa mère est indigne, telle est la perception générale. La société a besoin que ses membres honorent père et mère sans quoi sa solidité interne est atteinte. Elle ne saurait survivre autrement.
Pour être répréhensible vraiment et attiré peut-être aux victimes la sympathie universelle ou presque, l'inceste doit-il être à la dimension de celle du père autrichien qui a enfermé sa fille pendant 24 ans et lui a fait 7 enfants sans que la mère s'en aperçoive (!!)? C'est récent: avril 2008! Ce n'est pas certain. Il faut savoir que la fille victime avait fui et ne voulait en rien, une fois retracée, se montrer le visage. Dans l'inceste, la victime doit « internaliser » la honte, car la société ne supporte pas la dénonciation, comprenez-vous!
Mais, les dénonciations de l'inceste dans notre société sont peu fréquentes. Elles se font surtout par témoignage livresque interposé, une fois que la victime s'est soignée pendant de nombreuses années. La plus part du temps, les victimes qui s'aventurent dans la dénonciation peuvent apparaître comme des êtres étranges. Telles furent ces deux soeurs de près de soixante ans d'âge qui après avoir gardé le silence pendant quarante-deux ans (sont incluses ici les années de honte et de thérapie), ont dénoncé ces sévices incestueux subis à partir de l'âge de cinq ans et pour sept années durant, sans reprendre haleine, et qui firent condamner leur ''pauvre'' père de 93 ans, Philippe Hamelin, pris d'une maladie dégénérative semblable à l'alzeihmer, lequel ne pouvait plus être emprisonné ou purger une peine significative en prison ou ailleurs.
Moi, qui salue le courage extraordinaire des deux soeurs Hamelin, appartient à une gang très peu nombreuse au regard d'une majorité de citoyens qui pense que les deux soeurs auraient du se taire, continuer à se taire comme elle en avait pris l'habitude pour un premier 42 ans. ''Traiter ainsi leur vieux père malade, est-ce possible? Répugnant, voyons donc!''
Alors, oui parmi les crimes nouveaux et parmi les crimes sexuels nouveaux, l'inceste est sérieusement en reste pour obtenir sa part de réprobation et la sympathie du public pour ces victimes qui étaient des enfants très sévèrement abusés dans leur âme.


...enfin

Dans l'histoire des civilisations, il apparaît que les premiers crimes dénoncés soient ceux de nature physique: meurtres, contraintes, coups et blessures. Les crimes qui tuent et invalident d'autres communautés humaines suivent ensuite au palmarès de la reconnaissance. Les crimes de nature physique qui dégradent l'environnement matériel global viennent ensuite. Les crimes économiques sérieux qui détruisent et l'environnement et la santé économique des sociétés viennent ensuite. Les crimes qui maculent les psychés viennent généralement plus tardivement. Et parmi ces derniers, plus la victime est faible et sans défense, plus longue sera l'absence de reconnaissance et de sympathie publique. Les soldats, les femmes et les enfants à la toute fin!

Évidemment, considérer la psyché comme un bien inaliénable, le lieu de l'exercice du libre arbitre, le bien le plus précieux que nous aient fait les dieux est une considération réservée à de haut niveaux de culture et de civilisation. Il faut probablement avoir compris que les dieux ne se tiennent pas avec les puissants, mais qu'ils fréquentent les vulnérabilités des consciences, les pauvres d'esprits, les blessés de tous ordres, les faibles et les enfants. Quand le droit des sociétés aura mis la prédominance à la préservation et au développement des psychés et des consciences, au delà de la vie physique, nous en serons là. Pour l'heure, les victimes de tentative de meurtre reçoivent la sympathie du public et les dénonciateurs de l'inceste sont marginalisés, réprimandés comme s'ils étaient des éléments destructeurs de la société.


« un blogueur déchaîné »
Jean